Il y a des après-midis de juin où le temps semble suspendu entre deux saisons. Où l'air du pays grassois charrie encore la fraîcheur du printemps mais promet déjà les chaleurs à venir. C'est dans cet entre-deux que les jardins du Musée international de la parfumerie, nichés au 979 chemin des Gourettes à Mouans-Sartoux, accueillent une journée particulière — pas un vernissage, pas une exposition, mais quelque chose de plus difficile à nommer : la présentation d'un jardin fait ensemble, par des mains qui ne se connaissaient pas il y a quelques mois.
Le vendredi 5 juin, de 14h à 19h, le projet Jardins pour tous ouvre ses portes au grand public pour révéler la parcelle qu'il a patiemment façonnée. Derrière ce nom sobre se cache une entreprise collective d'une certaine ambition : des participants de tous âges et de tous niveaux ont pris part, au fil d'ateliers d'initiation, à la conception et à l'entretien d'un espace de jardinage partagé. Ils ont été accompagnés par de jeunes adultes en formation professionnelle, encadrés par des médiatrices culturelles et des jardiniers professionnels. Ce que l'on vient voir ce vendredi, c'est donc le résultat de cette collaboration — un jardin qui porte les traces de ceux qui l'ont construit.
Un écrin qui n'est pas anodin
Choisir ces jardins pour un tel projet, c'est déjà dire quelque chose. Le conservatoire des plantes à parfum, fusionné en 2010 avec le Musée international de la parfumerie de Grasse, déploie ses deux hectares au pied de collines d'oliviers et de cyprès, autour d'un ancien canal rythmé de pergolas, de bassins et de fontaines. Les végétaux y sont classés comme le font les parfumeurs — selon des notes olfactives, florale, fruitée, épicée, boisée, hespéridée, musquée — et les terrasses se parent, selon les saisons, de tubéreuse, de jasmin, de rose, de lavande ou d'iris. En 2018, l'Unesco a inscrit les savoir-faire liés au parfum grassois au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité. Jardiner ici, c'est donc jardiner dans un lieu chargé d'une mémoire sensible et collective, celle d'un territoire qui a appris, depuis des siècles, à lire la nature avec le nez.
C'est précisément ce contexte qui donne au projet Jardins pour tous une résonance particulière. Il ne s'agit pas seulement d'apprendre à planter ou à tailler : il s'agit de s'initier à des savoir-faire locaux, de tisser des liens entre des personnes aux parcours très différents, et d'offrir aux visiteurs un espace supplémentaire — plus intime, plus humain peut-être — au sein d'un site déjà généreux.
« L'objectif du projet est de permettre à chacun de découvrir le jardinage, de s'initier aux savoir-faire locaux et d'offrir aux visiteurs un nouvel espace d'accueil, de partage et de création. »
Ce qui attend les visiteurs
La journée s'articule en deux temps distincts, chacun avec son propre rythme.
- 14h à 16h15** : conseils et échanges autour du jardin, animés par les jeunes de la SAT La Cardeline et des Apprentis d'Auteuil. Ce sont eux, les guides naturels de cet espace — ceux qui ont mis les mains dans la terre, qui savent pourquoi telle plante est là, comment elle a été choisie, ce qu'elle raconte.
- 17h à 19h** : jeu de piste familial pour partir à la découverte des plantes du jardin participatif. Une façon d'explorer le lieu autrement, à hauteur d'enfant ou d'adulte curieux, en laissant la curiosité mener la promenade.
Ce programme en deux actes dit quelque chose d'intelligent sur ce que peut être une journée de restitution : d'abord le dialogue, la transmission directe entre ceux qui ont fait et ceux qui découvrent ; puis le jeu, qui permet à chacun de s'approprier l'espace à son propre rythme, sans la pression d'une visite guidée.
Il n'est pas si fréquent, dans la région, de voir un lieu aussi chargé d'histoire et de prestige s'ouvrir à une démarche aussi résolument inclusive. Les jardins du Musée international de la parfumerie sont habitués aux visiteurs du monde entier venus chercher l'essence de la Provence olfactive. Ce vendredi, ils accueilleront aussi des familles de Mouans-Sartoux, des jeunes en formation, des habitants qui n'avaient peut-être jamais franchi la grille du 979 chemin des Gourettes. C'est, sans forcer le trait, une façon de rappeler que ces jardins appartiennent d'abord à un territoire et à ses gens — avant d'appartenir aux catalogues de voyage.

