RIVIERA · Le Cannet

Exposition

Ce que Bonnard voyait quand personne ne regardait

Au Cannet, le musée Bonnard lève le voile sur l'intimité silencieuse d'un peintre et de son modèle.

Le Cannet27 juin – 31 octobre4 min
© rawpixel / rawpixel

Pourquoi y aller

  • Une focale rare sur Marthe, modèle de toute une vie
  • Le musée Bonnard, écrin intime au cœur du Cannet
  • Ouverture le 27 juin 2026, été oblige

Il y a des peintres qui capturent le monde, et d'autres qui capturent un seul être — encore et encore, jusqu'à en faire une lumière. Pierre Bonnard était de ceux-là. Et cet été, le musée qui porte son nom, perché sur les hauteurs du Cannet, nous invite à regarder par-dessus son épaule.

L'exposition Les Toilettes de Marthe ouvre ses portes le 27 juin 2026 au Musée Bonnard, 16 boulevard Sadi Carnot, dans cette ville de l'arrière-pays cannois que le peintre choisit pour y finir ses jours. Le titre est sobre, presque pudique. Il désigne un geste quotidien — la toilette, le bain, la femme à sa coiffeuse — que Bonnard a représenté des dizaines de fois, avec une obstination qui tient autant de l'amour que de l'obsession.

Marthe, ou l'éternité d'un instant domestique

Marthe de Méligny — c'est le nom que s'était choisi Maria Boursin — fut la compagne de Bonnard pendant plus de quarante ans, et son modèle quasi exclusif. Elle est partout dans son œuvre : dans les baignoires irisées, dans les reflets de miroir, dans les jardins baignés d'une lumière qui semble venir de l'intérieur des choses plutôt que du soleil. Bonnard ne cherchait pas à la portraiturer au sens classique du terme. Il cherchait quelque chose d'autre — la texture d'une présence, la vibration d'un moment suspendu entre la vapeur et le carrelage, entre l'ombre et le jaune citron d'un mur.

Ce rapport à l'intime est au cœur de ce que le musée entend «dévoiler» cet été. Le mot est choisi avec soin dans la présentation de l'exposition : il s'agit de l'intimité d'un regard. Pas d'un corps, pas d'une vie privée mise à nu, mais d'une façon de voir — celle d'un homme qui a passé des décennies à observer la même femme dans les mêmes gestes, et à y trouver chaque fois quelque chose de neuf.

Le Cannet, décor naturel d'une œuvre hors du temps

On ne comprend pas tout à fait Bonnard sans comprendre le Cannet. La ville, accrochée à la colline au-dessus de Cannes, a quelque chose d'anachronique — ses ruelles, ses mimosas en hiver, ses villas enfouies dans la végétation semblent appartenir à un temps qui ne se soucie pas des modes. Bonnard y acquit Le Bosquet, sa maison, en 1926, et y travailla jusqu'à sa mort en 1947. Le musée qui lui est consacré, inauguré en 2011 dans une belle bâtisse du boulevard Sadi Carnot, prolonge cette atmosphère : on y entre comme on entrerait dans un atelier resté ouvert.

L'institution a construit au fil des années une programmation exigeante autour de l'œuvre du peintre et des artistes qui gravitent dans son orbite — les Nabis, les coloristes du Sud, les héritiers de cette tradition qui place la sensation au-dessus du concept. Les Toilettes de Marthe s'inscrit dans cette continuité, mais avec une focale particulièrement resserrée : un thème, une relation, une lumière.

Pour le visiteur qui vient de la Côte, l'excursion au Cannet est en elle-même une façon de sortir du bruit du bord de mer. On monte, on ralentit, et quelque chose change dans l'air. C'est exactement l'état d'esprit qu'il faut pour regarder Bonnard — cette disponibilité au détail, cette acceptation que la beauté peut tenir dans la couleur d'une serviette posée sur le rebord d'une baignoire.

«Bonnard ne peint pas ce qu'il voit, il peint ce qu'il se rappelle avoir ressenti en voyant.»

Ce que l'exposition promet, c'est précisément ce voyage-là : suivre le fil d'un regard amoureux à travers les années, comprendre comment la répétition — loin d'épuiser le sujet — finit par l'approfondir. Marthe vieillit dans les tableaux, la lumière du Cannet change de saison en saison, et pourtant quelque chose demeure, intact, presque intemporel. C'est peut-être cela, la définition la plus juste de ce que Bonnard faisait dans son atelier face à la colline : non pas arrêter le temps, mais apprendre à l'habiter.

← Tous les événements