Il y a des endroits où le temps s'allège. Le Suquet en fait partie — cette colline qui domine la Croisette de toute son ancienneté, ses ruelles pavées, ses toits ocre que le mistral sèche en quelques heures. C'est là, dans l'enceinte médiévale de la Castre, que se tient le Musée des explorations du monde. Un nom qui dit déjà tout d'une certaine façon de regarder la planète : non pas comme un terrain à conquérir, mais comme un horizon à comprendre.
Du 29 juin au 9 septembre 2026, le musée présente De l'Orient à Cannes, une exposition consacrée à sa collection orientale — restaurée pour l'occasion — qui plonge le visiteur dans le rêve orientaliste tel qu'on le cultivait au XIXe siècle. Objets d'une finesse exquise, vues de jardins, évocations poétiques d'un Levant fantasmé et sublimé : l'ensemble compose une vision à la fois artistique, botanique et résolument paradisiaque.
Le XIXe siècle et ses mirages dorés
L'orientalisme a traversé toute la culture européenne du XIXe siècle comme une lumière oblique — chaude, dorée, parfois trompeuse. Delacroix revenait du Maroc les carnets pleins. Flaubert remontait le Nil en prenant des notes fiévreuses. Les peintres de la Côte d'Azur, eux, n'avaient pas toujours besoin de traverser la Méditerranée : les marchands, les collectionneurs, les voyageurs rapportaient l'Orient à domicile, dans leurs villas, dans leurs jardins. Cannes, ville de hivernants fortunés depuis le milieu du XIXe siècle, a été l'un de ces ports d'arrivée discrets pour des objets qui avaient fait de longs voyages.
C'est précisément cette histoire-là que l'exposition restitue — non pas l'Orient tel qu'il était, mais tel qu'on le rêvait ici, au bord de cette mer commune. Les collections du musée, aujourd'hui restaurées, retrouvent leur éclat et leur lisibilité. Chaque pièce a été traitée, documentée, remise en lumière. Ce travail de fond, souvent invisible pour le visiteur, est pourtant ce qui fait la différence entre une vitrine poussiéreuse et une œuvre qui parle.
«Une vision paradisiaque à la fois poétique, artistique et botanique» — c'est ainsi que le musée lui-même décrit l'exposition, et il faut prendre ces trois mots au sérieux, dans l'ordre où ils viennent.
Ce que l'on vient chercher ici
Le musée de la Castre n'est pas un grand musée. C'est un musée juste — à l'échelle humaine, dans un cadre qui se mérite un peu (la montée du Suquet fait partie de l'expérience). On y vient pour regarder lentement, pour laisser les objets raconter des itinéraires qu'on ne fera peut-être jamais soi-même. En été, la lumière du soir qui entre par les fenêtres du château médiéval a quelque chose d'irréel.
Les nocturnes du mercredi soir en juillet et août ajoutent une dimension particulière à la visite. La chaleur de la journée s'est dissipée, la ville est encore animée en bas, et là-haut on se retrouve dans un silence relatif, face à des jardins peints et des objets qui ont traversé les siècles. C'est une autre façon de vivre le musée — plus intime, plus propice à la rêverie que le grand musée ne favorise pas toujours.
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, une visite guidée est proposée moyennant 2 € supplémentaires au billet d'entrée. Le tarif plein s'établit à 6,50 €, le tarif réduit à 3,50 € (pour les 18-25 ans, les groupes d'au moins dix adultes, les détenteurs du Cannes Pass Culture). L'entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, les étudiants, les demandeurs d'emploi et les personnes en situation de handicap accompagnées. Les horaires varient selon les mois — il vaut la peine de vérifier avant de partir sur le site du musée.
Ce que cette exposition propose, au fond, c'est une conversation entre deux rives. Cannes regarde la mer depuis toujours. L'Orient, dans l'imaginaire du XIXe siècle, était de l'autre côté — proche et lointain, familier et mystérieux. Venir voir ces collections restaurées au sommet du Suquet, c'est s'inscrire dans cette longue tradition cannoise de curiosité pour l'ailleurs, sans avoir à quitter la colline.
