Il y a des matins où l'air fait le travail avant même que les yeux ne s'y mettent. À Mouans-Sartoux, au bout du chemin des Gourettes, c'est souvent ainsi que ça commence : une bouffée de jasmin ou de géranium rosat qui précède la vue, qui annonce le lieu avant qu'on en franchisse l'entrée. Les jardins du Musée international de la parfumerie ont cette particularité rare — ils se lisent autant avec les narines qu'avec le regard. Et les premiers jours de juin, quand les terrasses sont en pleine efflorescence, c'est peut-être le moment où cette lecture est la plus évidente.
Deux matins, vingt-cinq personnes, un jardinier
Les 6 et 7 juin, à 10h du matin, le jardinier en chef du domaine propose une visite guidée des jardins — à la fois botanique et sensorielle. Formes, couleurs, textures des plantes à parfum et aromatiques guident le regard ; leurs senteurs naturelles, elles, accompagnent chaque pas, chaque arrêt, chaque explication. La visite est limitée aux vingt-cinq premières personnes : c'est peu, c'est voulu. Ce n'est pas une conférence en amphithéâtre, c'est une conversation entre des rangs de tubéreuses et de lavande, avec quelqu'un qui connaît chaque plant par son nom et par son histoire.
Le domaine s'étend sur plus de deux hectares au pied de collines d'oliviers et de cyprès, ponctué de pergolas, de bassins et de fontaines autour d'un ancien canal. Ce n'est pas un jardin d'agrément au sens décoratif du terme — c'est un conservatoire vivant, organisé selon une logique que les parfumeurs reconnaîtraient immédiatement : les végétaux y sont classés par notes olfactives. Florale, fruitée, épicée, boisée, hespéridée, musquée — autant de familles que le nez apprend à distinguer en se promenant d'une terrasse à l'autre.
« Selon les saisons, les terrasses se parent de tubéreuse, jasmin ou rose, lavandes, géranium rosat ou iris. »
Un conservatoire inscrit dans la mémoire du monde
Derrière ces jardins, il y a une intention patrimoniale qui mérite qu'on s'y arrête. Le conservatoire des plantes à parfum a été créé pour préserver la mémoire d'une culture agricole spécifique au pays grassois — cette façon de cultiver la fleur, de la cueillir à l'aube, de la confier aux mains des parfumeurs. En 2010, il a fusionné avec le Musée international de la parfumerie de Grasse. Ensemble, ils forment aujourd'hui un ensemble dédié à la conservation et à la valorisation des savoir-faire liés au parfum, que l'Unesco a inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'Humanité en 2018. Ce n'est pas rien. Cela signifie que se promener dans ces jardins, c'est marcher dans quelque chose qui a été jugé digne d'être transmis — pas seulement aux générations suivantes, mais à l'humanité entière.
En juin, les terrasses sont particulièrement généreuses. C'est la saison où plusieurs des fleurs emblématiques de la parfumerie grassoise sont simultanément présentes — rose, lavande, géranium rosat entre autres. Le jardinier qui guide la visite n'est pas un guide au sens touristique : c'est celui qui a planté, taillé, observé, attendu. Il sait pourquoi telle variété de rose est cultivée ici plutôt qu'une autre, comment l'exposition des terrasses influe sur la concentration aromatique, ce que le sol argileux des collines autour de Mouans-Sartoux donne à ces plantes que d'autres sols ne donnent pas. C'est ce type de savoir — incarné, patient, précis — qui se transmet lors de ces deux matins.
Pour ceux qui viennent de la côte ou de Grasse, le trajet lui-même est une mise en condition : on quitte progressivement le littoral pour remonter vers l'arrière-pays, et l'air change de texture. Mouans-Sartoux est à une vingtaine de minutes de Cannes, mais elle appartient déjà à un autre rythme. Les collines d'oliviers qui entourent le domaine rappellent que ce territoire a toujours été cultivé, qu'il n'a jamais été seulement un décor.
Vingt-cinq places, deux matins. Les informations pratiques et la réservation sont à retrouver sur le site des musées de Grasse : museesdegrasse.com. Si vous aimez les jardins pour ce qu'ils racontent autant que pour ce qu'ils montrent, c'est là qu'il faut être le premier week-end de juin.

