RIVIERA · La Gaude

Nature

Sauvages et belles à croquer : dans le jardin secret de deux artistes à La Gaude

Un écrin de 450 m² où botanique, art et comestible se mêlent avec grâce

La Gaude6–7 juin4 min
© ©Alunni-Lemayeur

Pourquoi y aller

  • Plus de 700 espèces sur 450 m² seulement
  • Visites intimistes limitées à 8 personnes
  • Jardin créé par deux illustrateurs-botanistes

Il y a des jardins que l'on visite, et des jardins que l'on lit. Celui de Marie-Christine et Bernard, niché au 21 allée de la Treille à La Gaude, appartient résolument à la seconde catégorie. La Gaude — ce village perché entre Nice et Vence, suspendu au-dessus de la vallée du Var comme une phrase en suspens — a toujours eu quelque chose d'insulaire, de préservé. Ses ruelles en calcaire blanc, ses terrasses ouvertes sur le massif du Cheiron : le décor était déjà planté. Mais derrière une porte que rien ne signale vraiment, un autre monde commence.

Les 6 et 7 juin 2026, Marie-Christine et Bernard ouvrent les grilles de leur jardin botanique privé « Sauvages et belles à croquer » à un nombre très restreint de visiteurs — huit personnes par visite, pas une de plus. L'entrée est fixée à 5 euros. Ce format délibérément intime n'est pas une contrainte logistique : c'est une philosophie. On ne traverse pas ce jardin en troupeau ; on s'y glisse, on s'y attarde, on lève les yeux au bon moment.

Un jardin commencé en 1991, toujours en train de se réinventer

Tout a débuté il y a plus de trente ans, quand le couple a transformé ce qui était alors un jardin familial ordinaire en quelque chose de beaucoup plus ambitieux. Aujourd'hui, les 450 m² du terrain accueillent plus de 700 espèces et variétés différentes — un chiffre qui, pour un si petit espace, tient presque de l'exploit botanique. Plantes méditerranéennes aux noms familiers, espèces exotiques venues d'ailleurs, adventices sauvages que l'on croise d'habitude au bord des chemins sans leur prêter attention : ici, tout cohabite avec une densité qui n'a rien de l'entassement. Le cheminement sinueux — et il faut savoir qu'il comporte des escaliers — fait découvrir le lieu par fragments, comme un récit dont on tourne les pages une à une.

En partie basse, de petits bassins attirent oiseaux et insectes. En hauteur, une rocaille prend le soleil. Entre les deux, des potées — succulentes, bonsaïs, plantes d'ombre — servent de ponctuation, de virgules végétales entre les différentes ambiances du jardin. Bernard, lui, a travaillé la pierre : le calcaire de Vence pour les murs, une arche, une « Porte de Lune » ouvrant sur un mini jardin japonais ; les galets du poudingue des collines voisines pour les calades, une des nouveautés de cette saison.

« À croquer » : le verbe dit à la fois la plante que l'on mange et le sujet que l'on dessine — deux gestes qui supposent la même attention au vivant.

Ce que « à croquer » veut vraiment dire

Le nom du jardin est un jeu de mots assumé, et c'est sans doute la clef de tout. Marie-Christine est botaniste amateur et autrice de livres sur les plantes sauvages et les fleurs comestibles ; Bernard est illustrateur. Croquer, pour eux, c'est simultanément goûter et dessiner — deux façons de regarder de près, deux façons de ne pas laisser passer le monde sans le remarquer. Ce double regard imprègne chaque recoin du jardin : des étiquettes renseignent le nom des plantes pour qui veut apprendre ; des petites créatures et « esprits des lieux » se cachent parmi les feuillages pour qui sait chercher.

Le jardin est aussi, sans être un potager à proprement parler, un jardin ornemental nourricier. De nombreuses adventices comestibles y poussent aux côtés de plantes purement décoratives. Cette porosité entre l'utile et le beau, entre le sauvage et le cultivé, est précisément ce qui rend l'endroit difficile à classer — et donc impossible à oublier.

Pour le visiteur, l'expérience tient moins à une liste d'espèces à cocher qu'à une façon d'être dans un lieu. On arrive à huit, on repart avec quelque chose qui ressemble à de la lenteur retrouvée. La Côte d'Azur, si souvent synonyme de vitesse et de spectacle, a aussi cette autre face : des jardins confidentiels, des savoirs transmis à voix basse, une relation au végétal que le béton du littoral n'a pas réussi à effacer. Le jardin de La Gaude en est, à sa modeste et lumineuse échelle, l'une des preuves les plus convaincantes.

© © Alunni-Lemayeur
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