Il y a des endroits qu'on aperçoit de loin sans jamais vraiment y entrer. Le phare de Camarat est de ceux-là — cette haute silhouette blanche qui domine la presqu'île de Saint-Tropez depuis le cap le plus méridional du Var, visible des bateaux, des plages, des terrasses de Ramatuelle, mais rarement foulée par ceux qui vivent pourtant à quelques kilomètres. Le 19 septembre 2026, à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine, il s'ouvre gratuitement au public, session par session, pour une poignée de visiteurs à la fois.
La formule est simple et précieuse : six créneaux dans la journée — 9h, 10h, 11h, 13h, 14h et 15h — avec huit personnes maximum par groupe, sur réservation auprès de l'Office de Tourisme et de la Culture de Ramatuelle. Pas de foule, pas de bruit de fond. Juste la lumière de septembre, qui sur ce cap est déjà celle de l'automne naissant, dorée et un peu oblique.
Ce que le phare garde en lui
Camarat n'est pas qu'un signal lumineux planté sur un rocher. Deuxième phare de France par sa hauteur — 129 mètres au-dessus du niveau de la mer en comptant le cap lui-même — il veille depuis 1831 sur l'une des côtes les plus fréquentées de Méditerranée, et l'une des plus dangereuses. Les fonds marins autour du cap Camarat ont englouti des dizaines de navires au fil des siècles ; les épaves qui y reposent sont aujourd'hui des sites de plongée réputés, et elles trouvent leur place dans l'espace muséal aménagé à l'intérieur du phare.
Cet espace est découpé en trois salles. La première est consacrée à la faune et à la flore locales — le maquis, les rapaces, les posidonies. La deuxième raconte les routes maritimes qui croisent ce cap, carrefour entre Gênes, Marseille, la Corse et le Maghreb. La troisième revient sur l'histoire des phares en général, et sur celle de Camarat en particulier, de sa construction sous la monarchie de Juillet jusqu'à son fonctionnement contemporain, aujourd'hui automatisé.
«Depuis la terrasse extérieure se déploie un panorama à 360° sur la commune de Ramatuelle, les îles d'Or et les Alpes au loin.»
La terrasse, et ce qu'on y voit
C'est peut-être cela, le vrai motif du déplacement. Depuis la lanterne, par temps clair de septembre, le regard embrasse tout à la fois : les vignes de Ramatuelle qui descendent vers la mer, les plages de l'Escalet et de Bonne Terrasse, les îles d'Hyères — Porquerolles, Port-Cros, le Levant — posées sur l'horizon comme des esquifs, et par-delà, quand l'air est lavé par le mistral, la ligne bleutée des Alpes. C'est un de ces panoramas qui rendent silencieux.
Pour s'y rendre, mieux vaut prévoir le covoiturage : le stationnement au pied du phare est limité, et les organisateurs le demandent explicitement. On arrive dix minutes avant le créneau choisi. On laisse la voiture, on monte. Le reste appartient à la journée.
Les Journées du Patrimoine ont cette vertu rare : elles font entrer dans des lieux qu'on reporte à plus tard depuis des années. Camarat, pour beaucoup d'habitants de la presqu'île, est de ceux-là. Le 19 septembre, il n'y a plus d'excuse.
