RIVIERA · Hyères

Nature

Hyères par les sens : le parc Olbius Riquier comme on ne l'a jamais traversé

Une visite historique et sensorielle conçue pour les personnes aveugles ou malvoyantes, au cœur d'un jardin centenaire.

Hyères5 juin4 min
© © MV - Ville d'Hyères

Pourquoi y aller

  • Visite sensorielle rare, limitée à dix participants
  • Jardin centenaire aux palmiers et hibiscus exceptionnels
  • Histoire botanique et paysagère de Hyères depuis 1877

Il y a des matins à Hyères où l'air sent déjà le palmier et la terre humide bien avant que l'on pousse le portail du parc. Le parc Olbius Riquier est l'un de ces endroits que les habitants traversent sans y penser, cartable sur l'épaule ou chien en laisse, comme on traverse un salon familier. Pourtant, derrière ses grandes allées ombragées et ses pelouses qui descendent doucement vers le lac, il y a une histoire singulière, presque oubliée, et une façon de voir — ou plutôt de sentir — ce lieu qui mérite qu'on s'y arrête vraiment.

Le 5 juin 2026 à 10h, le parc ouvre ses chemins d'une manière différente. Une visite historique et sensorielle, spécialement conçue pour les personnes aveugles ou malvoyantes, propose de traverser ces sept hectares avec d'autres outils que les yeux : le toucher des écorces, le bruissement des feuilles sous la brise du Var, le parfum entêtant des hibiscus dans la serre chaude. La session est limitée à dix participants accompagnés de leur accompagnant, ce qui garantit une attention réelle, loin de la foule des visites guidées ordinaires.

Un jardin qui a une mémoire

Olbius Riquier — le nom sonne comme un personnage de roman provençal — a légué ce terrain à la ville de Hyères en 1868. Pendant vingt-six ans, le parc a fonctionné comme une succursale du jardin d'acclimatation de Paris, aménagé selon un projet signé par G. Aumont et M. Chevalier, collaborateurs du grand paysagiste J.P. Barillet-Deschamps. Quand il a ouvert ses portes au public en 1877, il cumulait déjà trois vocations : jardin public, jardin d'acclimatation, jardin zoologique. Une ambition rare pour une ville de province, même dorée comme Hyères.

Ce qui frappe aujourd'hui, c'est que la composition paysagère d'origine a tenu. Les grandes allées sont là. Le lac est là, avec sa cascade. Les arbres centenaires ont continué de croître, indifférents aux saisons touristiques. La rocaille de succulentes, les palmiers peu courants que l'on ne voit guère ailleurs dans la région, la serre chaude avec sa collection d'hibiscus aux couleurs qui débordent — tout cela forme un ensemble cohérent, presque têtu dans sa beauté tranquille.

«Un parc, ce n'est pas seulement ce qu'on voit. C'est ce qu'on entend, ce qu'on respire, ce qu'on touche sans y penser.»

Ce que cette visite propose vraiment

Conçue pour les personnes aveugles ou malvoyantes, cette visite sensorielle invite à redécouvrir un espace que beaucoup pensent connaître. Mais elle intéresse aussi, en creux, quiconque souhaite ralentir et prêter attention à ce que l'œil habituellement court-circuite. À Hyères, ville qui a longtemps vécu de l'hivernage aristocratique et du tourisme de santé, on sait depuis longtemps que le rapport au corps et à la nature peut être cultivé autrement.

La visite se déroule dans le parc situé au 37 avenue Ambroise Thomas, à deux pas du centre-ville. Le groupe, restreint par choix, permet une expérience attentive. Chaque participant est accompagné, ce qui fait de cette matinée non pas une conférence mais une déambulation partagée, à hauteur d'homme — ou plutôt à hauteur de main tendue vers une feuille de palmier.

Le programme mêle histoire du lieu et exploration sensorielle : on apprendra comment ce jardin est né, ce qu'il a voulu être, ce qu'il est devenu. Et on le traversera autrement, avec une attention portée aux textures, aux sons, aux odeurs que la serre chaude distille avec générosité en début d'été.

Pour ceux qui souhaitent prolonger la journée, le parc lui-même reste ouvert au public, avec ses espaces paysagers en évolution constante depuis la fermeture progressive de l'ancien zoo. Hyères, en juin, est encore avant la haute saison : la lumière est belle, la chaleur raisonnable, et les terrasses du centre historique gardent une certaine sérénité.

Il suffit parfois d'un jardin bien connu, traversé différemment, pour que la ville où l'on vit — ou que l'on visite — révèle quelque chose qu'on n'avait pas encore eu le temps d'entendre.

© ©DRAC Provence-Alpes-Côte d'Azur
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