RIVIERA · Bormes-les-Mimosas

Nature

Au bout du Boulevard du Soleil, l'Australie fleurit à Bormes

Un jardin de 5 000 m² où l'antipode s'est acclimaté sous le ciel varois

Bormes-les-Mimosas5–7 juin4 min
© ©autenzio

Pourquoi y aller

  • 550 espèces australiennes rares sur 5 000 m²
  • Visites à l'aube, les 5 et 6 juin 2026
  • Vues sur la mer depuis les terrasses en gneiss

Il y a des matins où le village de Bormes-les-Mimosas semble suspendu entre deux lumières — celle de la mer qu'on devine en contrebas et celle du ciel qui pâlit sur les crêtes du Massif des Maures. C'est à cette heure-là, quand les ruelles en gneiss n'ont pas encore livré leur fraîcheur nocturne, que le Parc Gonzalez révèle ce qu'il a de plus singulier : une odeur qui ne ressemble à aucune autre, un mélange de résines, d'eucalyptus et de ce parfum doré, légèrement sucré, que les mimosas abandonnent dans l'air sans prévenir.

Un legs, une vision, un continent en terrasses

Tout commence par une générosité. Les héritières de la peintre Roberta Gonzalèz lèguent à la ville l'ancienne résidence d'été de l'artiste, avec le souhait qu'elle soit ouverte au public. La municipalité confie alors le projet au paysagiste borméen Gilles Augias, spécialiste reconnu des plantes australes. Sa décision est tranchée : le jardin sera entièrement consacré à la flore du continent austral. Créé en 2003, le parc couvre environ 5 000 m² de terrasses étagées, structurées par des murs, des allées et des dallages en pierre du pays — ce gneiss de Bormes aux reflets argentés qui ancre l'ensemble dans le paysage varois comme si ce bout d'Antipodes avait toujours appartenu à la colline.

Le résultat est saisissant : plus de 550 espèces rares, venues de toutes les régions d'Australie, cohabitent sur ces terrasses. Acacias, eucalyptus et grevilleas forment l'ossature du parcours, mais c'est dans les détails que le jardin surprend vraiment — les banksias aux inflorescences en cylindres denses, les hakeas aux feuilles piquantes et aux fleurs en bouquets serrés, les melaleucas dont l'écorce se détache en lamelles papyracées, les érémophilas aux corolles tubulaires que les oiseaux auraient adorées si l'on était à Perth plutôt qu'en Provence. Palmiers, agaves et aloès ont également trouvé leur place dans cet inventaire vivant, tandis que fougères et orchidées profitent de l'ombre humide qui règne près de la maison.

« Le climat méditerranéen étant favorable à leur adaptation, près de 500 espèces s'épanouissent aujourd'hui sur les terrasses, débordant des murs en pierre de gneiss et des bordures d'escaliers parfois escarpés. »

Ce n'est pas un hasard si Bormes-les-Mimosas a su accueillir un tel projet. La ville porte dans son nom même cette affinité avec les flores exotiques, et son microclimat — protégé des vents du nord par le massif, ouvert à la douceur marine — a longtemps attiré botanistes et jardiniers amateurs. L'acacia dealbata, ce mimosa que l'on associe instinctivement à la Côte d'Azur, est lui-même originaire d'Australie : le Parc Gonzalez n'est donc pas une anomalie dans le paysage, il en est une forme d'aboutissement raisonné.

Les 5 et 6 juin au lever du jour

Les 5 et 6 juin 2026, le parc propose des visites découverte de sa flore australienne. Le rendez-vous est fixé à 6h30 — heure à laquelle la lumière rase encore les terrasses et où les parfums sont les plus concentrés, avant que la chaleur de juin ne les disperse. L'adresse est simple : Boulevard du Soleil, 83230 Bormes-les-Mimosas.

Ce choix de l'aube n'est pas anodin. Juin, c'est le mois où le jardin bascule dans sa plénitude estivale : les floraisons de printemps tardif se prolongent, les espèces à floraison estivale prennent le relais, et le parcours — qui offre des vues sur la mer — révèle ses perspectives les plus nettes avant que la brume de chaleur ne voile l'horizon. Gilles Augias avait conçu des floraisons échelonnées sur les quatre saisons ; en juin, plusieurs séquences se superposent encore.

Le visiteur qui emprunte les allées dallées découvrira un jardin qui n'est jamais tout à fait le même selon l'angle — tantôt dense et presque forestier sous les eucalyptus, tantôt ouvert et minéral sur les terrasses supérieures où la pierre de gneiss dialogue avec le bleu du large. Les escaliers parfois escarpés demandent des chaussures adaptées ; en échange, ils offrent des points de vue que peu de jardins de la Côte varoise peuvent égaler.

Il y a quelque chose d'assez borméen dans cette idée de conserver, au cœur du village, un espace que le temps n'a pas banalisé. Le Parc Gonzalez aurait pu devenir n'importe quoi — une résidence, un lotissement discret, un de ces espaces verts municipaux sans caractère. Il est devenu un conservatoire vivant d'un continent entier, tenu par des murs de pierre locale et par la cohérence tranquille d'un paysagiste qui connaissait ses plantes. Ce matin de juin, à 6h30, quand la lumière commence à dorer les grevilleas et que l'air sent encore la nuit fraîche, c'est cette cohérence-là qu'on vient chercher.

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