Il y a des villes qui portent leur histoire à fleur de peau, et d'autres qui la gardent secrète, lovée entre deux pierres disjointes, dissimulée sous un linteau usé par deux mille ans de mains. Vence est de celles-là. On arrive souvent par la place du Grand Jardin, on lève les yeux vers les remparts médiévaux, on entre dans la vieille ville par une porte romane — et l'on croit avoir tout compris. Mais sous ce décor familier, sous les ruelles qui sentent la lavande et le soleil de fin d'après-midi, dort une autre cité : Vintium, la ville romaine dont Vence a hérité les os.
C'est précisément cette couche invisible que la visite théâtralisée Il était une fois Vintium propose de révéler, le samedi 13 juin à 17h, au départ de la Villa Alexandrine — le bureau d'information touristique situé place du Grand Jardin. L'entrée est gratuite, sur réservation au 04 93 58 06 38.
Une guide en costume, des pierres qui ont des choses à dire
Le principe est simple, et c'est souvent le signe que quelqu'un y a réfléchi sérieusement : une guide-conférencière en costume prend en charge le groupe et le conduit à travers la cité historique, de pierre en pierre, d'époque en époque. Pas de casque audio, pas d'écran interactif — juste une voix, un personnage incarné, et les vestiges romains qui parsèment encore le tissu urbain de Vence pour qui sait les regarder.
La forme théâtralisée change tout à l'expérience d'une visite guidée classique. Elle ralentit le regard, elle crée de la surprise là où l'habitude avait émoussé la curiosité. Pour les Vençois eux-mêmes, c'est souvent l'occasion de redécouvrir un quartier traversé cent fois sans jamais s'y arrêter vraiment.
«Vintium» : c'est sous ce nom que les Romains désignaient ce qui deviendra Vence, cité épiscopale médiévale, puis ville d'artistes au XXe siècle.
Vintium, ou la longue mémoire d'une petite ville
Vence a été habitée de manière quasi continue depuis l'Antiquité. Les Ligures d'abord, puis les Romains qui en firent une cité de quelque importance dans la province des Alpes-Maritimes. Des inscriptions, des fragments architecturaux, des remplois visibles dans les murs médiévaux témoignent encore de cette présence. La cathédrale Notre-Dame-de-la-Nativité elle-même, au cœur de la ville close, s'élève sur des fondations antiques — comme si chaque siècle avait choisi de construire exactement là où le précédent avait jugé bon de s'établir.
C'est cette continuité silencieuse que la visite entend mettre en récit. Non pas la grande histoire des manuels, mais celle des pierres réemployées, des seuils polis, des chapiteaux dont on ne sait plus très bien s'ils sont romains ou romans tant les époques se sont superposées avec une certaine désinvolture.
Pour le visiteur de passage — qu'il vienne de Nice, de Cannes ou de plus loin encore — Vence offre ce que la Côte d'Azur ne propose pas toujours : une profondeur de temps qui n'a rien à voir avec les palaces Belle Époque ou les yachts de la rade. Ici, la sédimentation est plus ancienne, plus discrète, et peut-être plus émouvante.
Ce que l'on emporte
La visite dure le temps qu'il faut — le format n'est pas minuté à la seconde — et se déroule en extérieur, dans les rues et sur les places de la vieille ville. Quelques points à retenir avant de réserver :
- Rendez-vous devant la Villa Alexandrine, place du Grand Jardin, à 17h précises le samedi 13 juin
- Accès gratuit, mais la réservation est obligatoire : 04 93 58 06 38
- La visite se fait en marchant dans la cité historique — prévoir des chaussures adaptées aux pavés
Ce soir-là, quand la lumière de juin commence à raser les façades ocre et que les hirondelles tournent haut au-dessus des toits, Vence retrouvera pour quelques heures son nom romain. Et l'on comprendra, peut-être, que les villes les plus intéressantes sont celles qui ont eu plusieurs vies avant la nôtre.

