Il y a des soirs à Nice où la place Masséna cesse d'être un simple carrefour urbain pour devenir quelque chose d'autre — une chambre de résonance à ciel ouvert, où la lumière des fontaines se mélange au son qui monte des enceintes et où l'on se souvient, soudain, pourquoi cette ville organise un festival de jazz depuis plus de soixante ans. Le Nice Jazz Festival est l'un des plus anciens rendez-vous musicaux d'Europe, et chaque édition apporte son lot de surprises, de déplacements de lignes, de genres qui se croisent sans se demander la permission. C'est dans cet esprit que le jeudi 23 juillet 2026, la Scène Masséna accueillera Dea Matrona.
Le groupe se présente sous le nom de scène GIRLBAND! — un titre qui est presque un manifeste, une façon de nommer ce que le rock a trop longtemps tenu pour exceptionnel. Dea Matrona est un trio alternatif originaire de Nottingham, ville du centre de l'Angleterre qui a déjà offert au monde quelques noms marquants de la scène indépendante britannique. Trois musiciennes, une énergie collective que leurs propres présentations décrivent comme «une véritable force positive», un son qui tire ses références d'une époque s'étalant des années 1950 aux années 1990.
Quand quatre décennies de rock tiennent dans un set
Ce spectre d'influences est ce qui rend la proposition de Dea Matrona difficile à réduire à une seule étiquette. Les années 1950, c'est l'invention du rock'n'roll, les guitares électriques qui font peur aux parents et font danser les enfants. Les années 1960 et 1970, c'est la densification harmonique, le blues britannique, les riffs qui deviennent des monuments. Les années 1980 et 1990 apportent la distorsion, la puissance brute, mais aussi la mélodie pop qui colle aux lèvres. Dea Matrona traverse tout cela sans se figer dans la reconstitution : il s'agit d'une synthèse vivante, pas d'un hommage muséal.
«Une bouffée d'air musical joyeuse et naturelle, comme aucune autre» — c'est ainsi que le groupe se définit lui-même, et il est rare qu'une formule d'autopromotion soit aussi précisément juste.
La Scène Masséna est la scène en plein air du festival, installée sur la place éponyme — l'un des espaces les plus photographiés de Nice, avec ses damiers de pavés noirs et blancs, ses sculptures de personnages colorés qui émergent des fontaines, et la Promenade du Paillon qui s'étire vers le nord. C'est une scène qui a accueilli des noms considérables au fil des éditions, et qui possède cette qualité particulière des grandes places méditerranéennes : elle amplifie l'émotion collective sans l'étouffer.
Nice, juillet, et la logique du festival
Le Nice Jazz Festival en juillet, c'est aussi une géographie sonore : la chaleur du soir qui descend doucement sur la Côte d'Azur, le public qui arrive du bord de mer ou des ruelles du Vieux-Nice, les conversations en français, en italien, en anglais, en niçois parfois. Le festival a toujours su mélanger les genres avec une désinvolture qui lui est propre — le jazz y côtoie la soul, le funk, le rock, les musiques du monde, sans que personne ne s'en offusque. Dea Matrona s'inscrit dans cette logique : un groupe qui ne demande pas à être classé, seulement à être écouté.
Pour les festivaliers qui composent leur programme de juillet, la soirée du 23 à la Scène Masséna représente un moment de ce que le festival fait de mieux : présenter des artistes qui viennent d'ailleurs avec quelque chose de sincère à dire, dans un cadre qui transforme chaque concert en souvenir de ville autant que souvenir de musique. Les informations pratiques sur les billets et les horaires précis sont à consulter directement sur le site officiel du festival, à l'adresse nicejazzfest.fr.
Il y a quelque chose de cohérent à voir un trio britannique jouer du rock aux racines américaines sur une place française, au bord de la Méditerranée, sous un ciel de juillet. La musique populaire a toujours fonctionné ainsi — par circulations, par emprunts assumés, par rencontres qui n'auraient pas dû avoir lieu et qui produisent exactement ce qu'il fallait. Dea Matrona à Nice, c'est une de ces rencontres-là.
