RIVIERA · Vallauris

Exposition

Tayou dans la chapelle de Picasso

À Vallauris, un artiste camerounais entre en dialogue avec l'œuvre la plus engagée de Picasso.

Vallauris4 juillet – 23 novembre4 min
© Office de tourisme Vallauris Golfe-Juan

Pourquoi y aller

  • Une commande inédite, conçue pour la chapelle
  • Dialogue entre Picasso et l'art contemporain africain
  • Un musée national rare, à trente minutes de Cannes

Il y a des lieux qui n'ont pas besoin d'être grands pour peser lourd. La chapelle romane de Vallauris — sobre, presque austère depuis l'extérieur — abrite l'une des œuvres les plus chargées du XXͤ siècle : La Guerre et la Paix, ce monumental ensemble peint par Pablo Picasso entre 1952 et 1954 sur les voûtes et les murs de la nef. On entre, on lève les yeux, et quelque chose se serre. Ce n'est pas une église, ce n'est pas tout à fait un musée : c'est un espace suspendu entre deux états du monde, que Picasso a voulu laisser ouvert à tous.

C'est dans ce cadre que Pascale Marthine Tayou viendra s'installer à l'été 2026. Le musée national Pablo Picasso – La Guerre et la Paix l'a invité à concevoir un projet spécialement pensé pour la chapelle — une œuvre née du lieu, pas simplement posée dedans. L'exposition ouvre ses portes le 4 juillet 2026, place de la Libération, au cœur de ce village des Alpes-Maritimes que les céramistes ont rendu célèbre bien avant que Picasso n'y pose ses valises.

Un artiste qui ne laisse pas les murs tranquilles

Né à Nkongsamba, au Cameroun, en 1966, Pascale Marthine Tayou est l'une des figures les plus singulières de la scène artistique internationale contemporaine. Installé à Gand depuis des années, il travaille entre deux mondes sans jamais appartenir entièrement à l'un ou à l'autre — et c'est précisément cette position de passage qui nourrit son œuvre. Ses installations débordent, prolifèrent, mêlent matières populaires et références savantes, objets du quotidien africain et symboles universels. Il y a chez lui une énergie proche du carnaval, mais traversée d'une conscience politique aiguë. La violence, l'exil, la mémoire collective : des thèmes qu'il aborde sans jamais les figer dans le didactisme.

Face aux voûtes de Picasso — où la guerre avance avec ses lances et ses torches, où la paix danse avec ses enfants et ses moissons —, on imagine sans peine que Tayou n'aura pas cherché à illustrer ni à commenter. Son geste sera, selon toute vraisemblance, autre chose : une réponse, un contrepoint, peut-être une tension productive entre deux visions du monde nées à des latitudes et des époques différentes.

« La chapelle de Vallauris n'est pas un white cube. Elle a déjà une âme, une histoire, un poids. Tout artiste qui y entre doit composer avec ça. »

Vallauris, village de feu et d'argile

Pour comprendre ce que représente ce lieu, il faut un peu d'histoire. Vallauris doit sa réputation aux potiers ligures qui s'y installèrent au XVIͤ siècle, fuyant la peste. Pendant des siècles, la ville a vécu de la terre et du feu. Quand Picasso arrive en 1948, il est immédiatement séduit par les ateliers de céramique de Madoura — et c'est là qu'il produira des milliers de pièces en quelques années, réinventant le rapport entre l'art dit majeur et les arts dits appliqués. La chapelle, elle, lui est confiée en 1952 par la municipalité. Il la peint en deux étés, à même les panneaux de contreplaqué, avec une liberté et une urgence qui se lisent encore aujourd'hui dans chaque coup de pinceau.

Ce contexte n'est pas anecdotique pour qui veut comprendre pourquoi une telle invitation à Tayou prend tout son sens ici. Vallauris a toujours été un lieu de rencontres entre traditions et modernités, entre artisanat et geste artistique, entre le local et le monde. La chapelle, en particulier, n'a jamais été conçue comme un sanctuaire figé : Picasso lui-même la voulait vivante, traversée.

Pour le visiteur qui fait le détour depuis Cannes, Antibes ou Nice — toutes à moins de trente minutes —, l'exposition de Tayou sera l'occasion de (re)découvrir un musée national injustement méconnu face à ses voisins plus médiatiques. Le projet étant conçu spécifiquement pour la chapelle, chaque détail de la scénographie sera pensé en rapport avec l'architecture et l'œuvre de Picasso. Ce type de commande in situ est, par nature, non reproductible : ce que l'on verra à Vallauris cet été-là n'existera nulle part ailleurs.

L'été sur la Côte d'Azur est souvent une question de plage et de terrasse. Mais il y a des matinées où la lumière du Midi, encore douce avant dix heures, mérite qu'on la consacre à autre chose. La place de la Libération, à Vallauris, est de celles-là : calme, ombragée, avec cette chapelle au fond qui attend qu'on lui rende visite. Tayou y sera. Picasso y est toujours.

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