Il y a des soirs où la Méditerranée semble retenir son souffle. À Juan-les-Pins, quand la lumière du crépuscule glisse entre les pins parasols de la Pinède Gould et que les premières notes s'élèvent depuis la scène du boulevard Édouard Baudoin, on comprend pourquoi ce festival tient depuis des décennies à ce coin précis de la Côte d'Azur. Pas malgré la chaleur, pas malgré la foule — grâce à eux. L'été ici a une texture sonore particulière, et Jazz à Juan en est l'une des expressions les plus fidèles.
Le 9 juillet 2026, le festival programme une soirée à deux têtes d'affiche qui dit beaucoup sur l'ambition artistique du lieu : Tom Jones d'un côté, et de l'autre le duo José James & China Moses pour une célébration du cinquantième anniversaire de I Want You, l'album de Marvin Gaye.
Une voix qui traverse les époques
Tom Jones n'a pas besoin d'introduction sur cette côte où les légendes du music-hall ont toujours trouvé un public attentif. À plus de quatre-vingts ans, le Gallois reste l'une des présences scéniques les plus magnétiques du monde anglophone — une voix de baryton qui a traversé le rhythm and blues, la country, le pop et le soul sans jamais perdre son centre de gravité. Le voir à Juan-les-Pins, c'est mesurer ce que veut dire tenir une carrière sur plusieurs générations, sans compromis sur l'intensité.
Mais c'est peut-être la seconde partie de la soirée qui retiendra le plus l'attention des amateurs de soul et de jazz contemporain. José James et China Moses se retrouvent pour rendre hommage à I Want You de Marvin Gaye, cinquante ans après sa sortie en 1976. L'album — produit par Leon Ware, souvent éclipsé par What's Going On ou Let's Get It On dans la mémoire collective — est pourtant l'un des sommets de la soul sophistiquée des années soixante-dix, un disque de désir et de mélancolie qui n'a pas pris une ride.
« I Want You », c'est l'album de Marvin Gaye que l'on redécouvre toujours trop tard — et qu'on n'oublie jamais ensuite.
José James, né à Minneapolis, a construit sa réputation sur cette frontière poreuse entre jazz vocal et soul contemporaine. China Moses, fille de Dee Dee Bridgewater et artiste à part entière depuis plus de vingt ans, apporte à ce répertoire une couleur et une légitimité particulières. Ensemble, ils ne proposent pas une reconstitution muséale : ils s'approprient un matériau vivant.
La Pinède Gould, scène naturelle du jazz européen
Il faut dire un mot du cadre, parce qu'il fait partie de l'expérience au même titre que la musique. La Pinède Gould est l'un de ces rares endroits où la nature et la scène coexistent sans que l'une écrase l'autre. Les pins centenaires forment une voûte informelle au-dessus des gradins, l'air sent le sel et la résine, et la mer — invisible mais présente — donne à chaque concert une résonance supplémentaire. Jazz à Juan a su préserver ce caractère depuis ses premières éditions, résistant à la tentation de transformer le site en arène climatisée.
Le festival lui-même s'inscrit dans une histoire longue de la Côte d'Azur comme terre d'accueil du jazz américain. Antibes Juan-les-Pins a vu passer Miles Davis, Ray Charles, Ella Fitzgerald — des noms qui ont enregistré ici certaines de leurs performances les plus célébrées. Cette soirée du 9 juillet s'inscrit dans cette continuité sans en faire un musée : Tom Jones et le répertoire de Marvin Gaye sont vivants, disputés, aimés par des publics de tous âges.
Pour les informations pratiques — billetterie, tarifs, accès — le site officiel du festival reste la référence : jazzajuan.com. Juan-les-Pins se trouve à quelques minutes d'Antibes, accessible en train depuis Nice ou Cannes, ce qui en fait l'une des soirées les plus faciles à atteindre sur toute la Riviera.
Certains soirs d'été restent. Pas parce qu'on les a photographiés ou parce qu'on en a parlé le lendemain, mais parce que quelque chose s'est passé entre la scène et le ciel ouvert — une voix, un accord, la chaleur encore présente à minuit. Le 9 juillet 2026 à Juan-les-Pins a toutes les conditions pour être l'un de ceux-là.
