Il y a quelque chose d'étrange et de réjouissant à la fois dans le fait que, à quelques minutes à peine des campus technologiques de Sophia Antipolis, on puisse encore entendre le son d'un troupeau de chèvres rentrant au bercail au crépuscule. Valbonne est ainsi faite : village perché aux ruelles en damier, entouré de collines où les oliviers côtoient les pins, elle a su résister à l'uniformisation que l'on pouvait redouter avec l'essor du technopôle voisin. La chèvrerie installée au 1382 route de Biot en est une preuve vivante — au sens propre du terme.
Le samedi 6 juin 2026, la chèvrerie de Valbonne propose une journée ouverte au public, rythmée par les gestes quotidiens de l'élevage caprin. Tout commence à 9h30 avec la traite du matin, ce moment précis et répété où la relation entre l'éleveur et ses bêtes se révèle dans toute sa matérialité. Pour qui n'a jamais assisté à cette scène, c'est une leçon de patience et de technique que l'on ne trouve dans aucun guide. À 10h30, les visiteurs sont invités à accompagner le troupeau jusqu'à son parc — marcher derrière les chèvres sur les chemins de la garrigue, c'est adopter un autre rythme, celui de la terre. En fin d'après-midi, à 16h30, le berger repart chercher ses bêtes : une deuxième occasion, pour ceux qui souhaitent prolonger la journée, de comprendre ce que signifie concrètement prendre soin d'un troupeau.
Fromages, marché et abeilles : l'après-midi s'étoffe
La journée ne s'arrête pas à la prairie. Dès 15h, le mini-marché de producteurs locaux prend place sur le site, avec une sélection qui dit beaucoup de l'arrière-pays niçois et de ses savoir-faire : légumes, huile d'olive, pain, confitures, chocolat, miel, safran, kimchi, eau de fleur d'oranger, plantes grasses, bières artisanales. Ce n'est pas un marché de façade — c'est la vente directe dans ce qu'elle a de plus honnête, sans intermédiaire ni mise en scène.
À 15h30, Suzie, apicultrice, animera une présentation sur le monde des abeilles. Elle partagera ses connaissances et répondra aux questions du public — une invitation à comprendre un métier aussi ancien que menacé, et dont dépend une bonne part de ce que l'on trouvera sur les étals du marché.
« Consommer local, c'est d'abord comprendre d'où vient ce que l'on mange. »
Quant aux fromages de chèvre bio produits sur place, ils sont en vente les mercredis et vendredis de 15h à 19h, et les samedis de 10h à 12h puis de 15h à 19h — ce samedi 6 juin inclus. Le fromage de chèvre de l'arrière-pays provençal a ses propres déclinaisons, de la bûche fraîche au crottin affiné, et chaque producteur développe ses méthodes en fonction du terroir, de l'alimentation des bêtes, de la saison. Ici, la certification bio oriente l'ensemble de la démarche.
Ce que l'on rapporte, ce que l'on comprend
Il serait réducteur de voir dans cette journée un simple moment de détente champêtre. Ce que propose la chèvrerie de Valbonne, c'est une lisibilité du circuit court : on voit l'animal, on assiste à la traite, on achète le fromage. La chaîne est courte, visible, explicable à un enfant. Dans un territoire où la question du « bien manger » est souvent réduite à un choix de supermarché, c'est une autre façon de poser le problème.
La route de Biot, qui relie Valbonne à son voisin, longe des zones pavillonnaires et des zones d'activité avant de retrouver, par endroits, quelque chose qui ressemble encore à la campagne. La chèvrerie est là, dans cet entre-deux caractéristique de l'arrière-pays azuréen — ni tout à fait sauvage, ni tout à fait urbanisé. C'est précisément ce qui rend l'endroit intéressant : il ne joue pas la carte du pittoresque forcé. Il produit, il vend, il accueille.
Si vous habitez Valbonne, Biot, Sophia Antipolis ou Antibes, cette journée du 6 juin est une occasion de mettre un visage — et un troupeau — sur les fromages que vous achetez peut-être déjà le samedi matin. Si vous venez de plus loin, elle s'inscrit naturellement dans une journée dans l'arrière-pays, entre village médiéval et collines de l'Estérel. Dans un cas comme dans l'autre, on repart avec quelque chose dans le sac et, peut-être, une idée un peu différente de ce que signifie produire localement.

