Il y a des soirs à Nice où le ciel tarde à s'assombrir. En juillet, la lumière s'attarde sur les palmiers du parc, les pierres du Théâtre de Verdure gardent encore la chaleur de la journée, et l'air sent le chèvrefeuille mêlé à la mer. C'est dans ce cadre — un amphithéâtre à ciel ouvert niché au cœur de la ville, entre la colline du Château et le Cours Saleya — que le Nice Jazz Festival a l'art de placer les artistes qui méritent d'être entendus autrement. Pas dans une salle. Pas sous des néons. Dehors, là où la musique peut respirer.
Le 25 juillet 2026, c'est Obongjayar qui prend cette scène.
Un artiste façonné par deux mondes
Il y a dans le son d'Obongjayar quelque chose qui résiste à l'étiquette. Élevé à Calabar, dans le sud du Nigeria, il grandit avec les rythmes et les voix d'une ville portuaire où se croisent les langues, les religions et les musiques. Puis vient Londres — l'adolescence, la grisaille britannique, les clubs, les studios, les influences qui s'accumulent et se transforment. De ce double héritage naît une musique qui ne choisit pas : elle porte les deux territoires à la fois, les fait dialoguer, parfois s'affronter, souvent fusionner en quelque chose d'inattendu.
« Le son d'Obongjayar est un mélange singulier des mondes qu'il a traversés : le Nigeria, où il a été élevé à Calabar, et Londres où il s'est installé à l'adolescence. »
Cette trajectoire — du delta du Niger aux rues de Peckham — n'est pas anecdotique. Elle est la matière même de sa musique. On y entend des résonances afrobeat, des basses qui doivent autant à l'électronique qu'aux percussions traditionnelles, une voix grave et habitée qui peut passer du murmure à l'incantation. Ce n'est pas de la world music au sens passe-partout du terme. C'est quelque chose de plus personnel, de plus tendu, de plus difficile à classer — et c'est précisément ce qui en fait l'intérêt.
Nice Jazz Festival : une scène qui sait prendre des risques
Le Nice Jazz Festival n'est pas né d'hier. Fondé en 1948, il est l'un des plus anciens festivals de jazz en Europe, et Nice revendique avec une certaine fierté d'avoir été, dans l'après-guerre, l'une des premières villes du continent à accueillir les grands noms américains du jazz sur une scène en plein air. Depuis, le festival a évolué, élargi ses frontières, accueilli des artistes qui débordent largement du jazz stricto sensu tout en conservant cet esprit d'ouverture et d'écoute qui définit le genre.
Le Théâtre de Verdure, lui, est l'une des deux scènes principales du festival. Installé dans le Jardin Albert Ier, à deux pas de la Promenade des Anglais, il offre cette configuration rare : on est en ville, on entend parfois au loin le bruit de la mer, et pourtant on a l'impression d'être dans un espace suspendu, hors du temps. Les gradins en pierre, la végétation qui encadre la scène, l'acoustique particulière des soirs d'été — tout cela contribue à faire de chaque concert une expérience qui ne ressemble pas à une autre.
Pour un artiste comme Obongjayar, dont la musique joue sur les textures, les silences et les ruptures, ce cadre n'est pas neutre. Il y a une cohérence entre la complexité de son univers sonore et la richesse visuelle et sensorielle de ce lieu.
Ce que l'on vient chercher ici
Venir voir Obongjayar au Nice Jazz Festival le 25 juillet, c'est accepter de ne pas savoir exactement ce que l'on va entendre — et trouver dans cette incertitude une forme de plaisir. C'est s'installer dans les gradins du Théâtre de Verdure alors que le ciel vire au bleu profond, sentir la ville s'apaiser autour de soi, et laisser une voix venue de Calabar via Londres faire ce qu'elle fait de mieux : raconter un monde compliqué avec une précision et une beauté déconcertantes.
Pour les informations pratiques — billetterie, horaires, tarifs — le site officiel du festival fait référence : nicejazzfest.fr.
Nice en juillet a cette qualité particulière de rendre les soirées légèrement irréelles. Obongjayar, lui, a celle de rendre la réalité légèrement plus audible.
