Il y a des soirs à Nice où l'air sent encore la chaleur du jour, où les cigales se taisent enfin et où la ville, entre mer et collines, semble retenir son souffle. Le Théâtre de Verdure est fait pour ces soirs-là. Niché dans le Jardin Albert 1er, à deux pas de la Promenade des Anglais, ce théâtre en plein air est l'une des scènes les plus singulières de la Côte d'Azur — non pas malgré son cadre naturel, mais grâce à lui. Les palmiers forment les coulisses, le ciel méditerranéen tient lieu de plafond, et la musique, ici, résonne autrement.
C'est dans ce décor que Kassa Overall se produira le 23 juillet 2026, dans le cadre du Nice Jazz Festival. Un nom qui circule depuis quelques années dans les cercles les plus attentifs de la scène jazz internationale, et dont la présence sur cette scène niçoise dit quelque chose d'important sur l'état du festival — et sur l'état du jazz lui-même.
Un musicien qui refuse les cases
Kassa Overall est batteur, chanteur, MC et producteur. Cette liste n'est pas un curriculum : c'est une posture artistique. Là où beaucoup choisissent une identité musicale unique, lui les habite toutes simultanément, tissant un langage qui emprunte à l'improvisation jazz, aux textures du hip-hop et à une certaine forme d'expérimentation avant-gardiste. Ce qu'il fait n'est pas une fusion au sens commercial du terme — ce croisement poli entre deux genres pour séduire deux publics. C'est une exploration, parfois inconfortable, des zones grises entre le rap et le jazz, là où les techniques de production rencontrent l'improvisation, où le flow côtoie la cymbale.
Il y a dans sa musique quelque chose qui rappelle que ces deux formes d'expression partagent une même origine : la nécessité de dire, de témoigner, de transformer l'expérience en son. Le jazz est né de cette urgence. Le rap aussi. Kassa Overall le sait, et il en tire une musique qui déplace le point de rencontre entre les deux genres vers des territoires encore peu cartographiés.
« Déplacer le point de rencontre entre le jazz et le rap vers des territoires encore inexplorés » — c'est ainsi que l'artiste lui-même décrit sa démarche.
Nice Jazz Festival : une scène qui a toujours aimé le risque
Le Nice Jazz Festival est l'un des plus anciens festivals de jazz d'Europe. Depuis sa première édition en 1948 — avec Armstrong, avec Bechet —, il a accompagné chaque mutation du genre avec une curiosité qui force le respect. Ce n'est pas un musée du jazz : c'est un laboratoire à ciel ouvert. La programmation au fil des décennies a su accueillir le jazz électrique, le jazz fusion, les passerelles avec le funk et la soul, sans jamais perdre l'exigence qui définit sa ligne éditoriale.
Programmer Kassa Overall en 2026, c'est inscrire cette logique dans la continuité. Le Théâtre de Verdure, avec sa capacité à créer une intimité malgré la grandeur du lieu, est la scène idéale pour ce type d'artiste — celui dont la musique demande une écoute active, une présence réelle, pas un fond sonore.
Pour ceux qui connaissent Nice autrement qu'en carte postale, il y a quelque chose de juste dans cette rencontre. La ville a toujours été un carrefour — entre cultures, entre langues, entre influences. Une ville qui a vu passer Matisse et les Russes, les Italiens et les Anglais, et qui a gardé de tout cela une certaine façon de ne pas s'étonner de la nouveauté. Kassa Overall, avec son refus des étiquettes, s'inscrit parfaitement dans cette tradition d'accueil du singulier.
Le 23 juillet, au Théâtre de Verdure, la nuit sera chaude, les étoiles seront là, et sur scène, un homme avec des baguettes, un micro et des machines redéfinira, pour quelques heures, ce que le jazz peut encore vouloir dire. C'est tout ce qu'on peut demander à un festival qui se respecte.
