Il y a des soirs où Menton semble avoir été dessinée pour la musique. La vieille ville se resserre autour de ses ruelles ocre, les façades baroques captent les dernières lueurs du couchant, et la place de l'Église — suspendue entre ciel et mer — attend, silencieuse, que quelqu'un la remplisse de sons. Ce soir-là, ce sont les cuivres qui auront le dernier mot.
Le 77e Festival de Musique de Menton poursuit sa longue conversation avec l'été, et le 28 juillet 2026, c'est la Basilique Saint-Michel qui servira d'écrin à une soirée placée sous le signe de George Gershwin. Sur scène : Neima Naouri, Pablo Campos, et l'orchestre qui porte l'un des noms les plus savoureux du jazz français — The Amazing Keystone Big Band.
Une place, une basilique, une acoustique
Ceux qui connaissent le festival savent ce que signifie jouer ici. La Basilique Saint-Michel Archange, construite au XVIIe siècle dans le plus pur style baroque niçois, domine la place de l'Église depuis des siècles. Le parvis en galets de mer noirs et blancs, les deux clochers qui s'élancent vers le ciel de la Riviera, la mer que l'on devine à peine derrière les toits — tout cela forme un décor que nul architecte de salle de concert n'aurait osé inventer. Le festival a su, depuis ses premières éditions, faire de ce lieu non pas une simple scène mais un personnage à part entière du spectacle.
« Menton, c'est la ville où le citron pousse et où la musique classique prend l'air du large. »
Gershwin, justement, n'aurait peut-être pas détesté l'endroit. Lui qui cherchait toujours à réconcilier le savant et le populaire, la salle de concert et la rue, le jazz et la symphonie — il aurait reconnu dans cette place quelque chose de son propre idéal : la musique rendue à tous, sans hiérarchie, sous le ciel ouvert.
Gershwin par Keystone : le jazz en grand format
The Amazing Keystone Big Band est l'une des formations les plus actives et les plus inventives de la scène jazz française. Un big band, c'est une architecture à lui seul : sections de cuivres, de saxophones, de rythme, chacune avec sa logique propre, chacune capable de souffler ou de rugir selon la partition. Interpréter Gershwin dans ce format, c'est renouer avec l'esprit des années 1920 et 1930, quand Rhapsody in Blue ou An American in Paris étaient pensés pour des orchestres capables d'embrasser à la fois la sophistication harmonique et l'énergie brute du jazz.
Neima Naouri et Pablo Campos complètent cette affiche. Leurs noms figurent au programme aux côtés de l'orchestre, dans une soirée qui promet la rencontre de voix, d'instruments et d'un répertoire qui n'a pas pris une ride depuis un siècle.
Pour préparer sa venue ou vérifier les modalités pratiques — billetterie, horaires, accès —, le site du festival fait référence : festival-musique-menton.fr.
La place de l'Église se remplit lentement en été, les chaises s'alignent face à la façade illuminée, les gens arrivent avec cette légèreté particulière des soirs de juillet sur la Côte. Puis les musiciens entrent, les cuivres s'accordent, et Menton — pour quelques heures — devient Manhattan.
