Il y a des soirs à Cannes où la ville se débarrasse de ses paillettes pour retrouver quelque chose de plus intime. Le 27 juin 2026, ce sera dans la discrète Église protestante unie, au 7 rue Notre-Dame, que la musique prendra ce visage-là — sobre, concentrée, presque confidentielle. Pas de tapis rouge, pas de projecteurs sur la Croisette. Juste des voix, un trio, et l'acoustique naturelle d'une nef qui fait résonner chaque accord différemment.
Ce concert est l'œuvre du chœur Ars Vocalis, qui a choisi pour l'occasion d'inviter ses amis — et l'expression est à prendre au sens propre. Sur scène ce soir-là se retrouveront le trio jazz « Les Syncopes », le chœur « Jazz 'n tonic » et l'ensemble habituel d'Ars Vocalis, le tout placé sous la direction artistique de Florence Daly. Une réunion de musiciens qui se connaissent, qui s'écoutent, et qui ont décidé de construire ensemble quelque chose qui n'appartient pleinement ni à l'un ni à l'autre des deux genres.
Quand Rutter croise Chilcott
Le programme lui-même dit tout de cette ambition. On y trouve les Birthday Madrigals de John Rutter — compositeur britannique dont l'écriture chorale mêle depuis toujours la clarté de la tradition et une certaine légèreté populaire — et la Nidaros Jazz Mass de Bob Chilcott, œuvre qui porte dans son titre même la tension fertile de la soirée : une messe, forme sacrée entre toutes, traversée par le souffle du jazz. S'y ajoutent des textes de Shakespeare et des mélodies classiques que l'improvisation et les libertés expressives du jazz viennent transformer, déplacer, rendre légèrement méconnaissables — et d'autant plus intéressantes.
C'est précisément cette idée de « croisée des chemins » qui donne au concert son caractère particulier. Le jazz et la musique chorale classique partagent une histoire longue et souvent ignorée : des spirituals aux gospel masses, en passant par les expérimentations de compositeurs comme Leonard Bernstein ou Dave Brubeck, les deux formes se sont nourries l'une de l'autre bien plus qu'on ne le croit. Ce que propose Ars Vocalis, c'est de rendre cette conversation audible, de la faire exister en temps réel, devant un public qui peut en suivre les fils.
« Des œuvres à la croisée des chemins » — c'est ainsi qu'Ars Vocalis décrit son programme, et la formule mérite qu'on s'y arrête : non pas une fusion qui efface les différences, mais un carrefour où chaque voix garde son accent.
Un écrin qui compte
L'église protestante unie de Cannes n'est pas une salle de concert ordinaire. Construite dans la sobriété caractéristique de l'architecture réformée, elle offre une acoustique que les grandes salles climatisées peinent à reproduire : une réverbération naturelle qui enveloppe les voix sans les noyer, et une proximité entre musiciens et auditeurs qui change la nature même de l'écoute. Dans cet espace, on n'assiste pas à un concert — on y est.
La date, un samedi soir de fin juin, s'inscrit dans ce moment particulier de la Côte d'Azur où la haute saison est là mais n'a pas encore tout écrasé. La lumière du soir entre encore par les fenêtres au début du concert, les terrasses du vieux Cannes s'animent dehors, et pourtant à l'intérieur le temps se suspend. C'est l'un des paradoxes agréables de cette région : la fête peut exister à quelques mètres du recueillement, sans que l'un trouble l'autre.
L'entrée est fixée à 20 € sur place, 18 € en prévente sur Weezevent. Les moins de 18 ans entrent librement — détail qui dit quelque chose sur l'état d'esprit de la soirée : on n'est pas là pour faire de la musique savante un privilège, mais pour la partager. Le concert commence à 20h.
Ceux qui connaissent déjà les concerts d'Ars Vocalis savent que le chœur cultive depuis longtemps cette façon de travailler — avec rigueur, mais sans raideur. Ceux qui les découvrent ce soir-là risquent fort de repartir avec l'envie d'en entendre davantage. Et peut-être aussi avec une oreille différente pour le jazz, pour le choral, pour tout ce qui se passe quand deux langages cessent de se regarder de loin.
