Il y a, avenue Saint-Jacques, un jardin qui ressemble à un secret bien gardé. Derrière les grilles du Val Rahmeh, les feuilles de bananiers frôlent des palmiers venus d'autres latitudes, des agrumes chargés de fruits côtoient des bambous géants, et l'air porte cette légère humidité sucrée que seul un microclimat subtropical peut produire en pleine France métropolitaine. Menton, ville-frontière, ville de citrons et de lumières obliques, a toujours su accueillir ce qui vient d'ailleurs. Son jardin botanique en est peut-être la preuve la plus silencieuse — et la plus vivante.
C'est dans ce cadre, le dimanche 7 juin, que le Jardin botanique Val Rahmeh propose une visite-atelier en famille intitulée La Barbe de Jupiter a du Souci à se faire ! — un titre qui dit déjà tout de l'esprit de la chose : espiègle, savant, légèrement décalé. Deux séances sont prévues, à 11h00 et à 15h00, chacune limitée à vingt personnes. Ce n'est pas un vernissage, ni une conférence. C'est quelque chose de plus rare : une déambulation guidée où le réel et l'imaginaire se croisent entre les allées.
Sofia Rocha Mondragon, ou l'art d'écouter les jardins
L'atelier est conçu et animé par Sofia Rocha Mondragon, diplômée de la Villa Arson de Nice en 2024. La Villa Arson — cette école d'art nichée dans les collines de Nice, connue pour former des artistes qui pensent l'espace autant que la matière — est d'ailleurs l'autre lieu de cette exploration à deux têtes : le projet associe les jardins mentonnais de Val Rahmeh et les jardins niçois de la Villa Arson, deux terrains d'une richesse botanique et symbolique peu ordinaire. Sofia Rocha Mondragon y propose de croiser création contemporaine et botanique, non pas en opposition, mais en dialogue naturel.
Le propos est à la fois simple et profond : des vertus et des pouvoirs sont associés aux plantes depuis toujours. Ces plantes ont voyagé depuis tous les continents, traversé les siècles, changé de mains, de noms, de significations. Aujourd'hui, elles cohabitent dans nos jardins, et de nouveaux récits sont apparus autour d'elles. L'atelier invite familles et curieux à tendre l'oreille — littéralement — pour entendre ce que ces végétaux ont à raconter. Des récits légendaires, fascinants, où le savoir ethnobotanique rejoint la fiction poétique.
Un lieu qui a deux missions, et beaucoup de mémoire
Le Val Rahmeh n'est pas un jardin d'agrément ordinaire. Site du Muséum national d'Histoire naturelle, il abrite plus de 1 800 espèces et variétés, et poursuit deux missions qui font écho, précisément, à ce que propose l'atelier : la conservation d'espèces végétales menacées, rares ou disparues dans la nature, et l'ethnobotanique — c'est-à-dire l'étude des liens entre les plantes et les humains. Il y a donc, inscrite dans l'ADN même du lieu, cette conviction que les plantes ne sont pas de simples organismes vivants, mais des êtres avec lesquels nous avons construit des histoires, des remèdes, des croyances, des peurs.
«Alors que racontent-elles ?» — la question posée par l'atelier résonne différemment quand on la lit dans un jardin qui a fait de l'ethnobotanique l'une de ses raisons d'être.
Pour une famille avec enfants, l'expérience a cette qualité rare de ne jamais choisir entre l'éducatif et le sensible. On déambule, on écoute, on observe. Les créations naissent du croisement entre le réel et l'imaginaire — une formule qui, dans la bouche d'une artiste formée à la Villa Arson, prend une résonance très concrète : il s'agit bien de fabriquer quelque chose, ensemble, à partir de ce que le jardin offre et de ce que les récits suggèrent.
Les places sont limitées à vingt participants par séance — ce qui garantit une attention, une intimité, un rapport au lieu qui n'a rien à voir avec la visite guidée classique. Pour les informations pratiques et la réservation, le site du jardin fait office de point d'entrée :
- Dimanche 7 juin 2026**, deux séances : 11h00 et 15h00
- Jardin botanique Val Rahmeh, avenue Saint-Jacques, 06500 Menton
- 20 personnes maximum par atelier
- jardinbotaniquevalrahmehmenton.fr
Menton, en juin, est déjà tout entière tournée vers l'été. Les plages se remplissent, la lumière s'allonge, et l'on pourrait croire que le temps est uniquement aux terrasses et aux bains de mer. Mais le Val Rahmeh, lui, propose autre chose ce dimanche-là : l'occasion de ralentir, de se laisser guider par une voix et par des feuilles, et de repartir avec, peut-être, une façon différente de regarder le moindre plant de souci sur un balcon.

