Il y a des soirs à Menton où la ville semble retenir son souffle. Le soleil vient de basculer derrière les collines, la lumière orangée s'attarde encore sur les façades ocre et rose du vieux bord de mer, et l'air tiède sent le jasmin mêlé à l'iode. C'est dans ces instants-là que l'Esplanade des Sablettes révèle ce qu'elle est vraiment : une scène naturelle, tournée vers la mer, comme si la Méditerranée elle-même faisait partie du public.
C'est précisément là, le 24 juillet 2026, que s'ouvrira en douceur le 77e Festival de Musique de Menton, avec un concert de préouverture. Avant que le festival ne déploie tout son programme, cette soirée préfigure l'esprit de la manifestation : une musique exigeante, portée par des interprètes de haut niveau, offerte à ciel ouvert.
Ensemble Spark : quand la musique classique se réinvente
Le concert réunit l'Ensemble Spark — qui se présente lui-même comme The Classical Band — et le pianiste Christian Fritz. La formation est composée d'Andrea Ritter à la flûte à bec, de Daniel Koschitzki à la flûte à bec et à la mélodica, de Stefan Balazsovics au violon et à l'alto, et d'Isabel García Castro au violoncelle. Ce quatuor-là ne ressemble à aucun autre : la présence conjointe de flûtes à bec et de mélodica aux côtés de cordes place d'emblée l'ensemble dans un espace sonore singulier, quelque part entre la rigueur baroque et une sensibilité résolument contemporaine.
L'Ensemble Spark est connu pour bousculer les conventions de la musique classique sans jamais les trahir — un équilibre difficile, que peu de formations maîtrisent avec autant de naturel. Leur nom n'est pas anodin : il y a dans leur jeu quelque chose d'électrique, une façon de faire vivre le répertoire comme si chaque note était trouvée pour la première fois.
« Menton a toujours su que la musique sonnait mieux sous les étoiles. »
Soixante-dix-sept ans de rendez-vous
Le Festival de Musique de Menton est l'un des plus anciens festivals de musique classique en plein air de France. Depuis sa création au lendemain de la guerre, il a fait de la ville frontière — à quelques kilomètres de Vintimille, suspendue entre France et Italie — l'un des rendez-vous incontournables de l'été musical méditerranéen. Sa scène historique, adossée au parvis de la basilique Saint-Michel sur le vieux Menton, est devenue une image iconique : les façades baroques pour décor, la mer en fond de scène, et ce silence particulier que les grands interprètes savent apprivoiser.
Mais le concert de préouverture, lui, se tient aux Sablettes — une esplanade plus ouverte, plus populaire, ancrée dans la vie quotidienne de la ville. C'est un choix qui dit quelque chose sur l'ambition du festival : ne pas se cantonner à un seul lieu, ne pas réserver la musique à ceux qui savent déjà où chercher.
Pour le festivalier qui arrive à Menton ce soir-là, l'expérience commence bien avant la première note. La ville est faite pour être parcourue à pied : les ruelles du vieux Menton, le marché couvert aux carreaux de faïence, les jardins en terrasses qui dégringolent vers la mer — tout cela forme un prélude naturel à la soirée. On s'installe aux Sablettes avec cette légèreté propre aux soirs d'été où l'on n'a nulle part d'autre à être.
Les conditions d'accès à ce concert de préouverture ne sont pas précisées à ce stade — il convient de consulter le site officiel du festival, www.festival-musique-menton.fr, pour les détails pratiques au moment venu. Ce qui est certain, c'est que la soirée du 24 juillet marquera le coup d'envoi d'une 77e édition qui s'annonce fidèle à ce que Menton a toujours su faire : réunir des musiciens d'exception dans un cadre que peu de villes au monde peuvent offrir.
Certains festivals vieillissent. Celui-là, visiblement, a choisi de continuer à surprendre.
