Il y a des matins de juin où la lumière du Var arrive déjà chargée — chaude, presque dense, comme si elle savait ce qu'elle vaut. C'est exactement cette lumière-là que l'on va convoquer, le samedi 6 juin à 10h30, dans la cour ou les salles de la médiathèque Villa-Marie, avenue Aristide Briand. Non pas pour la photographier, mais pour la laisser travailler directement sur le papier, à travers des tiges, des pétales, des feuilles cueillies avec soin.
Le cyanotype est l'un des plus anciens procédés photographiques : inventé en 1842 par l'astronome et chimiste britannique John Herschel, il produit ces tirages d'un bleu de Prusse profond que l'on reconnaît immédiatement. Pas de chambre noire, pas d'agrandisseur — seulement une émulsion sensible aux UV, des végétaux posés à plat, et le soleil qui fait le reste. La botaniste Anna Atkins l'avait compris dès les années 1840 en documentant des algues avec cette technique, créant ce que l'on considère aujourd'hui comme le premier livre illustré par la photographie. Il y a donc, dans ce geste simple, une histoire longue et lumineuse.
L'herboriste comme guide
Ce qui distingue l'atelier proposé à Fréjus, c'est la présence de Pauline Seguin, herboriste. Les végétaux ne sont pas là par hasard ni par décoration : ils sont choisis, nommés, connus. Entre ses mains, la bardane, le fenouil sauvage ou la lavande ne sont pas de simples silhouettes — ils ont une histoire, une odeur, un territoire. L'arrière-pays varois, les garrigues de l'Estérel, les bords de l'Argens : autant de réservoirs de formes que l'on va fixer en bleu sur du papier.
L'atelier se tient à la médiathèque Villa-Marie, l'une des institutions culturelles les plus actives de la ville. Avec près de 200 000 documents, plus de 30 000 visiteurs par an et quelque 400 actions organisées à destination des jeunes, la médiathèque est bien davantage qu'un lieu de prêt — c'est un espace de fabrication, de rencontre, d'expérimentation. Le cyanotype s'y inscrit naturellement : un atelier qui mêle geste artisanal, connaissance du vivant et sensibilité visuelle.
Ce que l'on fait, ce que l'on rapporte
Concrètement, les participants créeront leurs propres cyanotypes à partir de fleurs et de végétaux apportés ou proposés sur place, sous la conduite de Pauline Seguin. Le procédé est accessible — ni expertise en chimie ni maîtrise du dessin ne sont requis — mais il n'est pas anodin. Il demande une attention particulière à la composition, au placement, à la durée d'exposition. Et puis il y a cette attente, ce moment où l'on rince le papier et où l'image apparaît, négative et bleue, comme une radiographie végétale.
On repart avec une œuvre que l'on a faite soi-même, et avec quelque chose de plus difficile à nommer : la conscience que la lumière de juin à Fréjus a une couleur précise, et que les plantes de cette région ont une silhouette qu'on ne regardera plus tout à fait de la même façon.
Pour s'inscrire, un seul numéro : 04 94 51 01 89. La réservation est indispensable. Le reste — la lumière, les végétaux, la chimie douce du bleu — sera là, ce samedi matin de juin, avenue Aristide Briand.
