Il y a des matins où les jardins du Musée International de la Parfumerie semblent tenir à l'écart du reste du monde. Le long de l'ancien canal, sous les oliviers et les cyprès qui coiffent les collines, l'air porte déjà quelque chose — une note boisée, une touche musquée, la promesse d'un jasmin qui tarde à s'ouvrir. On traverse les pergolas, on longe les bassins, et l'on comprend que ce lieu n'est pas un jardin botanique ordinaire : c'est un vocabulaire vivant, classé par notes olfactives comme le ferait un parfumeur, et qui porte en lui deux siècles de savoir-faire grassois.
C'est dans ce cadre que les Jardins du MIP accueillent, du 5 au 7 juin 2026, la restitution d'un projet d'Éducation Artistique et Culturelle mené toute l'année scolaire avec une soixantaine d'élèves de filières artistiques et artisanales. L'entrée est libre pendant toute la durée de l'événement, dans le cadre des Rendez-vous aux Jardins.
Des mains dans la terre, des yeux dans les mythes
Ce qui frappe d'emblée dans ce projet, c'est l'ambition de la rencontre qu'il organise. Des élèves en BMA et CAP — céramique, sculpture sur bois, métallerie, bijouterie — ont travaillé côte à côte pendant des mois, guidés par une question qui n'est pas si simple : que signifie garder la vie ? Leurs références étaient doubles. D'un côté, les collections du Musée d'Art et d'Histoire de Provence, avec ses animaux, ses chimères, ses figures légendaires venues du fond des âges méditerranéens. De l'autre, la biodiversité concrète, observable, des jardins eux-mêmes — insectes, plantes, cycles saisonniers, coexistences discrètes.
De cette double observation sont nées des œuvres qui prennent plusieurs formes :
- totems zoomorphes, dressés comme des sentinelles végétales
- jarres tripodes, héritières lointaines des céramiques antiques
- amulettes et talismans, objets de protection miniatures
Chaque pièce est pensée comme un gardien symbolique, une présence qui dialogue avec le paysage plutôt que de s'y imposer. Il y a là une modestie formelle assez rare dans les expositions de fin d'année — ces jeunes artisans n'ont pas cherché à dominer le jardin, mais à s'y inscrire.
« Ces œuvres interrogent les relations entre le monde végétal, animal et humain » — formulation du projet lui-même, qui dit mieux que tout résumé ce que les élèves ont voulu faire.
Un lieu qui porte déjà cette mémoire
Le choix des jardins du MIP n'est pas anodin. Ce conservatoire, fusionné en 2010 avec le Musée International de la Parfumerie de Grasse, a été créé précisément pour préserver la mémoire des plantes à parfum du pays grassois. En 2018, l'Unesco a inscrit les savoir-faire liés au parfum au Patrimoine Culturel Immatériel de l'Humanité — une reconnaissance qui concerne autant les cultivateurs de rose et de jasmin que les maîtres parfumeurs. Quand on sait cela, on regarde différemment les terrasses qui se parent selon les saisons de tubéreuse, de géranium rosat ou d'iris : ce sont des gestes de transmission, pas seulement de culture.
Exposer ici des œuvres réalisées par des élèves en formation artisanale, c'est donc placer la restitution dans une continuité qui la dépasse. Les savoir-faire des filières BMA et CAP — céramique, métal, bois, bijou — rejoignent, le temps d'un week-end de juin, une longue tradition de métiers de la main que ce territoire a toujours su honorer.
Pour le visiteur, le parcours se construit naturellement : on déambule dans les deux hectares de jardins, on tombe sur un totem entre deux bassins, on s'arrête devant une jarre tripode posée au pied d'une pergola, on cherche l'amulette cachée dans la végétation. Rien n'est balisé comme une exposition de musée — les œuvres habitent le jardin, et c'est au promeneur d'ajuster son regard. C'est peut-être la meilleure définition de ce que l'éducation artistique peut produire quand elle se donne le temps : non pas une démonstration, mais une conversation.
Les 5, 6 et 7 juin, les jardins du MIP au 979 chemin des Gourettes à Mouans-Sartoux sont ouverts librement. Le pays grassois en juin est déjà tout en lumière oblique et en parfums montants. Il n'y a pas de meilleur moment pour laisser des chimères de céramique vous regarder passer entre les oliviers.

