RIVIERA · Mouans-Sartoux

Festival

Journal d'un paysan : la terre et la fleur d'oranger montent sur scène à Mouans-Sartoux

Un livre primé, un jardin de parfums, un soir de juin — et le monde paysan retrouve la scène.

Mouans-Sartoux6 juin4 min
© ©capg

Pourquoi y aller

  • Livre primé adapté pour la scène en plein air
  • Mise en scène par un fils de cueilleurs grassois
  • Buffet spectacle au chapeau dans les jardins du MIP

Il y a des soirs où le décor fait la moitié du travail. Mouans-Sartoux, samedi 6 juin, dix-huit heures : le soleil commence à peser moins lourd sur les collines du pays de Grasse, et les jardins du Musée international de la parfumerie s'ouvrent comme ils le font rarement — non pas pour une visite guidée, non pas pour un vernissage, mais pour accueillir du théâtre. Du théâtre qui sent la lavande, la rose et la fleur d'oranger. Du théâtre qui sent la terre.

C'est dans ce cadre — 979 Chemin des Gourettes, à deux pas des serres et des parterres qui documentent cinq millénaires d'histoire olfactive — que le Théâtre du Cros présente « Journal d'un paysan », adaptation scénique du livre de Jean-Noël Falcou. L'ouvrage n'est pas inconnu des lecteurs engagés : il a été primé Livre engagé pour la planète au Festival du livre de Mouans-Sartoux, ce rendez-vous annuel qui a fait de ce bourg de dix mille habitants l'une des capitales françaises de la lecture citoyenne. La pièce prend donc racine dans une double légitimité — celle d'un texte reconnu, et celle d'un territoire qui l'a adopté.

Un fils de cueilleurs à la mise en scène

Derrière la mise en scène, Jean-Marc Luciano. Le détail n'est pas anecdotique : il est fils de cueilleurs de fleur d'oranger, ces travailleurs saisonniers qui, pendant des générations, ont façonné le paysage agricole et olfactif du pays grassois. On ne choisit pas ce projet par hasard quand on porte cette mémoire-là dans le corps. Il y a dans cette transmission quelque chose qui dépasse la direction d'acteurs — une façon d'habiter le texte de l'intérieur, de savoir exactement quelle lumière tombe sur un champ à l'aube, quel silence précède la cueillette.

Le texte de Falcou, lui, se présente comme un témoignage au rythme des saisons : la vie quotidienne d'un paysan de cette région, ses gestes, ses doutes, ses cadences dictées par le calendrier naturel plutôt que par l'agenda économique. Le Théâtre du Cros en fait un spectacle que la présentation officielle décrit comme ayant « l'odeur de terre, de fleur d'oranger, de rose et de lavande » — une formule qui, dans les jardins du MIP, prend une résonance presque physique. Le lieu et le propos se répondent avec une précision rare.

« Ce spectacle est une immersion dans un métier fondamental, devenu méconnu. » — présentation du Théâtre du Cros

Ce que l'on vient chercher ce soir-là

Le pays de Grasse a longtemps vécu de ses champs de fleurs — bigaradiers pour la fleur d'oranger, rosiers centifolia, lavande. Cette agriculture de parfum, spécifique et fragile, a structuré des familles entières pendant plus d'un siècle avant de reculer sous la pression économique et foncière. Aujourd'hui, quelques domaines résistent, quelques cueilleurs perpétuent les gestes, et des institutions comme le MIP travaillent à maintenir vivante cette mémoire cultivée. Faire du théâtre dans ces jardins-là, c'est donc choisir un espace qui n'est pas neutre — c'est choisir un lieu qui porte déjà en lui la question posée par la pièce : que reste-t-il du monde paysan, et comment le transmettre ?

La soirée est proposée en formule buffet spectacle au chapeau — ce mode de financement participatif, à la fois modeste et direct, qui dit quelque chose sur l'esprit du projet : pas de billetterie institutionnelle, pas de tarif fixé, une relation de confiance entre la compagnie et son public. On vient, on mange, on regarde, on donne ce que l'on peut et ce que l'on veut. C'est une économie du spectacle vivant qui convient bien à un texte sur la juste valeur du travail.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Mouans-Sartoux sous cet angle, le village réserve souvent cette surprise : derrière la façade d'une commune résidentielle de l'arrière-pays cannois se cache une vie culturelle obstinément exigeante, portée par des associations, des compagnies locales et une municipalité qui a fait de l'engagement un fil conducteur — du potager bio scolaire au festival du livre, en passant par des soirées comme celle-ci, qui ne cherchent pas le spectaculaire mais la justesse.

Le 6 juin au soir, dans les jardins qui sentent déjà la saison chaude, « Journal d'un paysan » sera peut-être la meilleure façon de comprendre pourquoi ce territoire tient à raconter ses propres histoires — celles que l'on n'entend pas depuis l'autoroute, mais que l'on retrouve dès que l'on prend le temps de monter vers les collines.

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