RIVIERA · Saint-Paul-de-Vence

Exposition

Jean-Paul Agosti, Jardin Miroir : la peinture comme territoire intérieur

À Saint-Paul-de-Vence, une rétrospective qui réconcilie science, nature et silence.

Saint-Paul-de-Vence5–6 juin4 min
© ©Jean-Paul Agosti, Canopée Blanche 103x153cm

Pourquoi y aller

  • Cinquante ans d'une peinture entre nature et philosophie
  • Rétrospective intime dans un village de légende
  • Une galerie qui défend l'exigence sans compromis

Il y a des villages qui semblent avoir été dessinés pour que l'art y trouve refuge. Saint-Paul-de-Vence en est l'exemple le plus têtu, le plus photogénié, le plus cité — et pourtant, quand on remonte la rue Grande un matin de juin avant que les cars ne déversent leurs flots, quelque chose résiste encore à la carte postale. Une lumière rasante sur les pierres blondes, une porte entrouverte, une toile entrevue. C'est précisément dans ce décor familier et jamais épuisé que la 46 St Paul Gallery a choisi de consacrer deux journées à l'un des peintres les plus exigeants de sa génération.

Les 5 et 6 juin 2026, au 46 rue Grande, la galerie présente une rétrospective dédiée à Jean-Paul Agosti, sous le titre Jardin Miroir. Cinquante ans de peinture — c'est l'amplitude de l'œuvre que l'on vient mesurer ici, dans un espace de cent mètres carrés entièrement rénové, niché au cœur du village. Deux jours seulement, ce qui confère à l'événement quelque chose d'une apparition plutôt que d'une exposition ordinaire.

Un peintre formé entre avant-gardes et philosophie des sciences

Pour comprendre Agosti, il faut remonter à une enfance peu commune. Né à Paris en 1948 dans une famille d'origine italienne, fils du photographe et galeriste Paul Facchetti, il grandit au contact d'un monde artistique et intellectuel d'une densité rare : Max Ernst, Alberto Giacometti, Jean Dubuffet, Henri Michaux côtoient dans son orbite le psychanalyste Jacques Lacan et l'architecte Carlo Scarpa. Ce n'est pas une biographie, c'est presque un roman de formation. Formé à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, puis nourri par des études de philosophie des sciences à la Sorbonne, Agosti ne sera jamais un peintre de l'instinct brut — il sera un peintre de la pensée incarnée, de la structure qui respire.

À partir des années 1970, il entre pleinement en peinture. Et c'est un jardin qui l'y accueille. Installé dans l'enceinte d'une ancienne abbaye à Gif-sur-Yvette, il commence à peindre ce qui l'entoure — non pas comme motif décoratif, mais comme territoire symbolique. Le jardin chez Agosti n'est pas un sujet : c'est une architecture vivante où s'entrelacent maîtrise et foisonnement, ordre et chaos, visible et invisible. Par l'aquarelle notamment, il construit une vision où plusieurs niveaux de réalité coexistent, où le regard ne se pose pas mais circule, descend, pénètre.

« Un espace où s'entrelacent maîtrise et foisonnement, ordre et chaos, visible et invisible. » — Jean-Paul Agosti, selon la galerie

Ce que Saint-Paul-de-Vence fait à une telle œuvre

Le choix du lieu n'est pas anodin. Saint-Paul-de-Vence entretient depuis des décennies une relation singulière avec la peinture française — la Fondation Maeght, les ateliers dispersés dans les ruelles, les galeries qui ont su résister à la tentation du souvenir commercial. La 46 St Paul Gallery s'inscrit dans cette tradition de l'exigence sans académisme. Sa programmation tourne autour de ce que les grands mouvements du XXe siècle ont légué — abstraction, figuration, minimalisme, Support-Surfaces, Color Field — mais elle regarde devant, vers les générations issues des écoles d'art, vers les pratiques qui mêlent peinture, photographie et expérimentation matérielle. Lumière, couleur, texture : ce sont les coordonnées fondatrices de la galerie, et elles résonnent directement avec la démarche d'Agosti.

Pour le visiteur qui se présente rue Grande ces 5 et 6 juin, l'expérience sera celle d'une œuvre construite sur la durée — cinquante ans de peinture qui explorent les correspondances entre nature, science et spiritualité. Une rétrospective de cette envergure, dans un espace aussi intime, oblige à une forme d'attention que les grandes institutions ne permettent plus toujours. On ne survole pas Agosti. On s'arrête. On laisse le regard travailler.

Les informations pratiques sont simples : la galerie est au 46 rue Grande, dans le cœur médiéval du village. Le site de la galerie — 46stpaulgallery.com — est le point de départ pour tout renseignement complémentaire sur les horaires et les conditions d'accès. Saint-Paul-de-Vence se rejoint aisément depuis Nice ou Cannes, et juin y est encore une saison humaine, avant que l'été ne transforme la rue Grande en couloir.

Ce que Jardin Miroir promet, c'est la rencontre avec une pensée plastique rare — celle d'un homme qui a mis un demi-siècle à peindre ce que le jardin lui murmurait. Il serait dommage de passer devant la porte sans s'y arrêter.

© Antoine Lippens
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