Il y a quelque chose d'étrange à entrer dans les Espaces Mimont un soir de juin. La salle, nichée au cœur de Cannes à deux pas du Palais des Festivals, n'a pas la démesure des grandes scènes de la Croisette — et c'est précisément pour ça qu'on s'y sent si proche de ce qui se joue. Le 28 juin 2026 à 20h45, la U-topique Compagnie y présente Shooting Stars, un spectacle qui choisit le cinéma muet comme décor mental pour poser une question bien plus universelle : que reste-t-il d'une star quand elle cesse d'être une image ?
Cannes, ville de festivals et de projections, entretient depuis longtemps une relation particulière avec le mythe cinématographique. Chaque année, la ville se transforme en théâtre à ciel ouvert où les corps rayonnent sous les flashs et les regards. Mais Shooting Stars prend le contre-pied de cette mécanique du prestige. Il ne célèbre pas la gloire — il l'examine, avec la précision d'un entomologiste et la tendresse d'un auteur qui connaît la fragilité de ce qu'il observe.
La parole comme rupture
L'histoire tourne autour de Dada, star adulée du cinéma muet. Tant qu'elle se tait, elle est parfaite — intouchable, mythique, éternelle dans sa silhouette projetée sur un écran. Puis elle parle. Et cet instant suffit à fissurer l'édifice entier. La frontière entre l'inaccessible et la banalité s'efface, et avec elle, le vertige de la chute commence : de la gloire à la décadence, du mystère au dévoilement, de l'immortalité à l'éphémère.
Ce basculement n'est pas sans rappeler une page réelle de l'histoire du septième art. Le passage du muet au parlant, à la fin des années 1920, a brisé des carrières entières — des visages sublimes dont la voix ne correspondait pas à ce que le public avait fantasmé. Le spectacle de la U-topique Compagnie s'empare de cette mémoire collective non pas pour en faire un cours d'histoire, mais pour en extraire quelque chose de plus intime : la question de ce qu'on accepte de sacrifier pour appartenir à la légende.
«Face à un destin intemporel écrit d'avance, la plupart ont choisi la révolte et l'émancipation — mais à quel prix ?»
Ce que le spectateur emporte
La durée du spectacle — 1h20, sans entracte — est celle d'un moyen-métrage. Pas de temps mort, pas de digression. La U-topique Compagnie construit un univers où théâtre et imaginaire cinématographique se superposent, où la scène devient écran et les acteurs, fantômes lumineux d'une époque révolue. Ce n'est pas un spectacle nostalgique : c'est un spectacle qui utilise la nostalgie comme outil de dissection.
Pour le spectateur qui arrive aux Espaces Mimont ce soir-là, il s'agit d'une soirée à taille humaine, dans une salle qui permet une vraie proximité avec le plateau. Les tarifs restent accessibles :
- Plein tarif : 8 €
- Moins de 18 ans : 6 €
Cette accessibilité n'est pas anodine. Elle dit quelque chose sur l'ambition de la compagnie — toucher un public large, y compris les plus jeunes, avec un propos qui les concerne autant que leurs aînés. La question de l'image, de ce qu'on montre et de ce qu'on cache, de la gloire construite sur l'absence de parole, résonne peut-être encore plus fort à une génération qui a grandi avec les réseaux sociaux.
Le 28 juin, alors que la lumière de juin s'attarde sur les toits de Cannes et que la saison estivale bat son plein, les Espaces Mimont proposeront autre chose que le spectaculaire habituel. Une heure et vingt minutes pour regarder tomber une idole — et se demander, en sortant dans la nuit tiède, si on n'aurait pas fait la même chose qu'elle.
