RIVIERA · Tende

Exposition

Quand l'archéologie prend le corps à témoin

À Tende, le Musée des Merveilles interroge les origines du sport par les vestiges

Tende13 juin4 min
© JEA

Pourquoi y aller

  • Entrée gratuite, ouvert à tous les publics
  • Atelier de tir à l'arc en deux créneaux
  • Collaboration scientifique avec l'Inrap

Il y a quelque chose de particulier à parler de corps en mouvement dans la haute vallée de la Roya. Ici, les hommes courent, grimpent et chassent depuis des millénaires — les gravures rupestres de la vallée des Merveilles en témoignent mieux que n'importe quel manuel. Alors quand le musée qui veille sur ce patrimoine décide de consacrer une journée à l'archéologie du sport, on comprend que l'initiative n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans un lieu qui a fait de la mémoire du geste humain sa raison d'être.

Le 13 juin 2026, le Musée des Merveilles propose deux séances de visite commentée de l'exposition Homo Athleticus, à 11h et à 14h, suivies d'un atelier de tir à l'arc accessible de 10h à 12h puis de 14h à 16h. L'entrée est gratuite, chaque visite dure quarante minutes, et l'événement est ouvert à tous les publics. Le musée est situé avenue du 16 Septembre 1947, à Tende, à quelques virages seulement de la frontière italienne, dans ce bout de Alpes-Maritimes que la France n'a rattaché définitivement qu'en 1947 — la date inscrite dans l'adresse elle-même rappelle cette histoire récente. La journée est organisée en collaboration avec l'Inrap, l'Institut national de recherches archéologiques préventives, dont la présence garantit une rigueur scientifique rarement démentie.

Ce que l'archéologie révèle du corps

L'exposition Homo Athleticus pose une question en apparence simple : depuis quand les humains font-ils du sport ? La réponse, dès qu'on la cherche honnêtement, se complique. Avant les premiers Jeux d'Olympie — 776 avant notre ère, date fondatrice que l'on cite souvent comme un point de départ absolu —, les humains bougeaient déjà. Ils chassaient, survivaient, se défendaient. Ils se divertissaient aussi, et se mettaient en scène. L'archéologie, en croisant ces pratiques avec leurs contextes sociaux, culturels et politiques, propose une lecture du passé par le prisme du corps en mouvement. Ce n'est pas une histoire du sport au sens moderne du terme ; c'est une histoire de ce que les sociétés ont fait de leur énergie physique, et de ce qu'elles ont voulu en montrer.

«Bien avant les premières compétitions organisées, les humains bougeaient déjà pour chasser, survivre, se défendre, mais aussi se divertir ou se mettre en scène.» — Homo Athleticus, exposition présentée au Musée des Merveilles

Ce regard est particulièrement juste dans un musée comme celui de Tende, dont la vocation est précisément de mettre en dialogue le patrimoine archéologique et ethnologique de la haute vallée de la Roya. Les collections permanentes du musée donnent à voir des siècles de présence humaine dans ces montagnes : outils, objets du quotidien, représentations gravées dans la roche. Homo Athleticus s'y greffe naturellement, ajoutant une dimension que l'on n'avait peut-être pas pensé à chercher dans les vestiges — celle du mouvement, de l'effort, du jeu.

L'arc, geste ancestral

L'atelier de tir à l'arc qui accompagne la visite n'est pas un simple divertissement annexe. Le tir à l'arc est l'un des gestes les plus anciens que l'archéologie ait pu documenter : outil de chasse, arme de guerre, discipline de précision, il traverse les cultures et les époques avec une continuité remarquable. Le pratiquer, même le temps d'un atelier, c'est mettre son propre corps en relation avec une gestuelle vieille de plusieurs millénaires. Les séances se tiennent en deux créneaux — matin et après-midi — pour permettre à un maximum de visiteurs d'y participer, quelle que soit l'heure à laquelle ils arrivent.

Pour ceux qui viennent de la côte, Tende mérite le détour bien au-delà de cette journée. Le trajet depuis Menton ou Vintimille par la route de la Roya est l'un des plus beaux de l'arrière-pays ligure : gorges vertigineuses, villages accrochés à la roche, lumière qui change à chaque virage. Le village lui-même, avec ses maisons hautes aux toits de lauze et ses ruelles qui montent vers le château en ruine, a conservé une densité rare. On y mange bien, on y dort tranquillement, et on repart avec le sentiment d'avoir touché quelque chose d'un peu plus ancien que soi.

Le 13 juin, le musée offre une de ces journées où la science et la pratique se rejoignent sans effort apparent. Quarante minutes de visite, quelques flèches décochées, et une question qui reste longtemps : à quel moment exactement l'effort est-il devenu sport ? La réponse, peut-être, est quelque part dans la vallée des Merveilles, gravée dans la roche depuis l'âge du Bronze.

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