Il y a quelque chose de vertigineux à se tenir sur ce promontoire bas face à la mer, entre les pierres sèches d'Olbia et l'horizon bleu qui n'a pas changé depuis vingt-cinq siècles. Le vent du large arrive par rafales courtes, comme pressé. On comprend pourquoi les Marseillais ont choisi cet endroit précis — un léger relief au bord de l'eau, une vue dégagée sur les voies maritimes, une position facile à défendre. Les soldats-colons qui fondèrent ici leur avant-poste, quelque part au IVᵉ siècle avant notre ère, savaient lire un paysage. Nous, nous apprenons encore à lire les leurs.
Du 12 au 14 juin 2026, le site archéologique d'Olbia — Route de l'Almanarre, à Hyères — accueille une exposition-dossier intitulée Histoires d'Hyères : ce que raconte l'archéologie en 2025. L'événement s'attache à restituer les découvertes les plus significatives faites l'an dernier sur deux sites majeurs de la commune : Olbia elle-même, et le château d'Hyères, qui domine la vieille ville depuis ses hauteurs médiévales.
Ce que les fouilles de 2025 ont mis au jour
L'année écoulée a été dense pour les équipes sur le terrain. À Olbia, les opérations de fouilles — préventives et programmées — ont révélé de nouveaux îlots d'habitation et, fait plus rare, une nécropole romaine. Ces découvertes renouvellent la compréhension de l'occupation du site sur la longue durée, bien au-delà de la seule période grecque. Au château d'Hyères, les archéologues ont mis au jour de nouveaux édifices et des sépultures médiévales, rouvrant des questions sur l'histoire de ce promontoire urbain que l'on croyait mieux connaître.
L'exposition a été réalisée en collaboration avec trois institutions : le Service Archéologique Départemental du Var (SADV), l'Institut national pour la recherche en archéologie préventive (Inrap), et le Laboratoire d'Archéologie Médiévale et Moderne Méditerranéenne (LA3M). Ce n'est pas un hasard si trois structures aux approches complémentaires se retrouvent associées : les strates d'Hyères traversent des millénaires, et chaque discipline y trouve matière.
« Olbia est l'unique témoin, conservé dans l'intégralité de son plan, d'un réseau de colonies-forteresses grecques fondées par Marseille. »
Un site qui porte mille ans d'histoire visible
Olbia n'est pas un site ordinaire. Sa rareté tient à une qualité précise : la conservation de son plan dans sa quasi-totalité, ce qui en fait un témoignage exceptionnel de l'urbanisme colonial grec en Méditerranée occidentale. Les vestiges qu'on y observe aujourd'hui — fortifications, rues dotées d'égouts et de trottoirs, puits collectif, îlots divisés en maisons, boutiques, thermes, sanctuaires — donnent à lire l'évolution d'une ville sur près de mille ans. Puis le temps a ajouté une couche supplémentaire : les vestiges d'une abbaye médiévale, Saint-Pierre de l'Almanarre, ont eux aussi été mis au jour sur le site, rappelant que les hommes reviennent toujours aux mêmes endroits pour des raisons que la géographie explique mieux que l'histoire.
C'est dans ce cadre — non pas dans une salle blanche de musée, mais sur le sol même qui a livré ses secrets — que l'exposition prend tout son sens. Voir des photographies de fouilles, des relevés de terrain, des objets mis au jour, tout en ayant sous les pieds les pierres d'Olbia, c'est une expérience de lecture directe, sans intermédiaire. Le visiteur n'est pas séparé du sujet par une vitrine : il marche dedans.
Pour ceux qui souhaitent préparer leur visite, le site d'Olbia dispose de sa propre présentation en ligne, accessible via hyeres.fr. Les trois journées de juin — vendredi, samedi, dimanche — offrent une fenêtre courte mais suffisante pour qui fait de ce détour une priorité dans un agenda de début d'été varois. Hyères n'est pas une ville qu'on traverse : elle se mérite un peu, et ce genre d'exposition, ancrée dans l'actualité de la recherche, est précisément ce qui justifie qu'on y revienne, ou qu'on s'y arrête enfin.

