Il y a quelque chose de vertigineux à se tenir sur ce léger promontoire face à la mer, entre les pinèdes de l'Almanarre et le scintillement de la rade de Hyères. Le sol sous vos pieds a été foulé par des soldats-colons grecs il y a plus de deux mille ans — des citoyens de Marseille qui avaient traversé la mer pour sécuriser les routes commerciales et bâtir, pierre par pierre, ce qui allait devenir l'une des colonies-forteresses les mieux conservées du monde antique. Olbia n'est pas un site parmi d'autres : c'est le seul exemplaire intégralement préservé dans son plan d'un réseau de forteresses grecques fondées par Marseille à partir du IVe siècle avant notre ère. Un fait rare, presque troublant, dans un pays où les couches d'histoire se superposent jusqu'à l'effacement.
Ce qui se passe les 13 et 14 juin
Les 13 et 14 juin 2026, le site archéologique d'Olbia — route de l'Almanarre, à Hyères — accueille une journée de découverte des métiers et des méthodes de l'archéologie, organisée en partenariat avec le Service Départemental d'Archéologie du Var et l'Inrap. L'entrée est libre, sans réservation préalable, dans la limite des places disponibles — autant dire qu'il vaut mieux arriver tôt, les curieux ne manquent pas dans la région. À partir de midi le samedi, des spécialistes seront présents sur place pour répondre aux questions du public autour d'objets archéologiques réels et de maquettes de présentation.
Ce n'est pas une reconstitution en costume ni une mise en scène pédagogique pour enfants. C'est quelque chose de plus sobre et, à vrai dire, de plus intéressant : une conversation directe avec des professionnels qui pratiquent l'archéologie au quotidien. Archéologie préventive, archéo-anthropologie, céramologie — autant de disciplines dont on entend rarement parler hors des cercles universitaires, et qui structurent pourtant toute la connaissance que nous avons du passé. L'occasion de comprendre, concrètement, comment on lit un tesson de céramique, ce que révèle un squelette bien documenté, pourquoi un chantier de construction peut devenir un site de fouilles d'urgence.
Mille ans d'une ville sous vos pieds
Olbia, c'est mille ans d'évolution urbaine lisibles dans les vestiges : fortifications, rues dotées d'égouts et de trottoirs, puits collectif, îlots d'habitations divisés en maisons, boutiques, thermes, sanctuaires. Une ville à l'échelle humaine, dont le plan tient presque du manuel d'urbanisme antique. Les premiers Olbiens étaient des soldats-colons — pêcheurs et agriculteurs à leurs heures — qui avaient pour mission de surveiller et de protéger le commerce maritime entre Marseille et l'Italie. Ce double registre, militaire et civil, se lit encore dans la configuration des lieux.
Plus tard, bien plus tard, le site a connu une autre vie : les vestiges d'une abbaye médiévale, Saint-Pierre de l'Almanarre, ont été découverts ici, rappelant que les lieux chargés d'histoire attirent les hommes de génération en génération, presque malgré eux.
« L'archéologie préventive, c'est ce qui se passe avant que la pelleteuse arrive. C'est souvent là que tout se joue. »
C'est précisément cette continuité — grecque, romaine, médiévale, et jusqu'à nous — que les spécialistes présents ce week-end sont en mesure d'éclairer. Non pas avec des généralités, mais à partir d'objets tangibles, manipulables, qui ont été exhumés de ce sol ou de sites varois comparables. La céramologie, par exemple, est une science à part entière : la forme d'une amphore, la composition de son argile, les traces d'usure sur ses bords permettent de dater, de localiser des échanges commerciaux, de reconstituer des habitudes alimentaires. Ce que l'on croyait être un simple pot devient une archive.
L'Inrap, l'Institut national de recherches archéologiques préventives, est l'un des acteurs les plus actifs de ce travail invisible qui précède toute grande construction en France. Sa présence à Olbia ce week-end, aux côtés du Service Départemental d'Archéologie du Var, dit quelque chose d'important : l'archéologie n'est pas une discipline repliée sur elle-même. Elle dialogue avec le territoire, avec les élus, avec les habitants — et parfois, comme ici, elle vient à leur rencontre.
Venir à Olbia un samedi ou un dimanche de juin, c'est s'offrir une matinée ou un après-midi hors du temps ordinaire. Le site est là, ouvert sur la mer, avec ses pierres grises et ses herbes folles, ses ruelles qui ressemblent encore à des ruelles. Et cette fois, il y aura des gens pour répondre aux questions que l'on n'ose généralement pas poser — parce qu'on ne sait pas à qui les adresser.

