RIVIERA · Nice

Concert

Musicâme France de retour à Nice : une soirée de chambre entre baroque et tango

Cinq musiciens, onze œuvres, un théâtre de poche — Nice retrouve Musicâme.

Nice11 juin4 min
© Musicâme France Production

Pourquoi y aller

  • Onze œuvres de Rossini à Piazzolla en une soirée
  • Collectif de cinq musiciens internationaux sans chef
  • Salle intime au cœur du vieux Nice

Il y a des salles qui ont leur propre gravité. Le Théâtre Francis-Gag, niché au 4 rue de la Croix dans le vieux tissu du centre-ville niçois, est de celles-là. Pas de dorures écrasantes, pas de fosse d'orchestre intimidante — juste une proximité presque intime avec la scène, ce sentiment rare que l'artiste joue pour vous, que vous pourriez presque entendre le souffle du musicien entre deux notes. C'est dans ce cadre que l'Ensemble Musicâme France choisit de marquer son retour sur la scène niçoise, le jeudi 11 juin 2026 à 20h00.

Après une longue absence, le collectif revient avec un programme qui tient à la fois du parcours panoramique et du cabinet de curiosités. Onze œuvres, onze façons d'entendre la musique de chambre : de l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini — cette fanfare que tout le monde croit connaître et que l'on redécouvre toujours autrement en salle — jusqu'au Final de L'Été des Quatre Saisons de Vivaldi, en passant par Oblivion de Piazzolla et La Bohème d'Aznavour. Ce dernier choix dit beaucoup sur l'esprit de Musicâme : pas de frontière rigide entre répertoire savant et chanson populaire, pas de hiérarchie entre le baroque vénitien et le tango argentin. Tout ce qui touche juste a droit de cité.

Cinq musiciens, un collectif

L'Ensemble Musicâme France fonctionne sans chef d'orchestre, à la manière d'un collectif — ce qui, pour cinq musiciens, est moins un choix esthétique qu'une nécessité organique. Issam Garfi à la flûte, Sybille Cornaton Duchesne au violon solo, Matei Ioan au second violon, François Duchesne à l'alto et Noé Natorp au violoncelle : une formation à cordes enrichie par la présence de la flûte, ce qui ouvre des couleurs harmoniques que le quatuor classique ne peut offrir seul. C'est précisément cette configuration qui rend possible la Cantilena de Poulenc ou le Concerto pour flûte d'Ibert dans son Allegro scherzando — deux pièces françaises du XXe siècle qui sonnent avec une légèreté trompeuse, tant elles exigent de précision.

L'ensemble revendique une présence dans plus de cent villes à travers le monde, et cette itinérance se ressent dans la façon dont il construit ses programmes : il y a quelque chose d'un musicien de jazz dans cette capacité à traverser les styles sans perdre sa voix propre. La Valse sentimentale de Tchaïkovski côtoie le Scherzo-Tarantelle de Wieniawski — virtuosité slave contre mélancolie russe — et le Nocturne & Allegro scherzando de Taffanel, ce flûtiste-compositeur français du XIXe siècle trop souvent relégué aux seuls conservatoires.

Ce que l'on entend, ce soir-là

Le programme dessine une sorte de carte mentale de la musique occidentale et de ses marges :

  • Baroque tardif : Vivaldi, Telemann
  • Grand répertoire romantique : Tchaïkovski, Wieniawski, Rossini
  • Musique française : Bizet, Taffanel, Poulenc, Ibert
  • Tango et chanson : Piazzolla, Aznavour

Cette diversité n'est pas du syncrétisme de façade. Elle reflète une conviction : la musique de chambre n'est pas un genre muséal. Elle est une conversation, et les meilleures conversations n'ont pas de code vestimentaire strict.

« Présent dans plus de 100 villes à travers le monde, l'Ensemble Musicâme France défend une musique qui touche le cœur et élève l'esprit au-delà des frontières. »

Nice, ville qui a vu naître et mourir des dizaines de saisons musicales, qui a accueilli Berlioz en résidence et dont l'Opéra reste l'une des maisons lyriques les plus actives du Sud, n'a pas besoin qu'on lui explique ce qu'est un bon concert. Ce public-là sait écouter. Et il sait aussi apprécier ce moment particulier où la salle est petite, les musiciens proches, et où l'on se souvient pourquoi on aime la musique vivante plutôt que les enregistrements.

Deux catégories de placement sont proposées : 30 € en Prestige, au plus près des artistes, et 25 € en Essentielle, au centre de la salle. Dans les deux cas, le Théâtre Francis-Gag étant ce qu'il est — une salle à taille humaine —, la distance entre le public et la scène reste une question de nuances plutôt que de confort. C'est l'un des charmes de ces petits théâtres de centre-ville que Nice a su préserver : on n'y est jamais vraiment loin de rien.

Le 11 juin, donc. Une soirée de début d'été, quand la lumière tarde à quitter le ciel niçois et que la rue de la Croix sent encore la chaleur du jour. On entre dans la salle, on s'installe, et Vivaldi reprend ses droits sur la ville.

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