Il y a des lieux qui résistent au temps non pas parce qu'on les a muséifiés, mais parce que quelqu'un, quelque part, a continué à s'en souvenir. Le moulin Saint-Roch, perché dans l'arrière-pays varois au-dessus de Grimaud, est de ceux-là. On passe devant sans toujours s'arrêter — la route est belle, le village médiéval attire le regard, la mer scintille au loin vers Saint-Tropez. Et pourtant, c'est ici, dans ce silence de pierres et de vent, que se joue une part de ce que cette région a vraiment été.
Le samedi 27 juin 2026 à partir de 18h30, la commune de Grimaud organise la Fête du moulin à l'occasion des Journées du patrimoine de pays 2026. Entrée libre, sans réservation. Un après-midi ouvert à tous, sans condition ni cérémonie.
Pain, gestes et mémoire vive
Ce qui rend cette fête particulière, c'est qu'elle ne se contente pas de montrer. Elle fait. L'association l'Escolo Dei Sambro proposera une démonstration de dépiquage — ce geste ancestral qui consiste à séparer le grain de l'épi — suivie de la cuisson de pains chauds. Il n'y a pas grand-chose de plus direct que ça : voir le blé devenir farine, la farine devenir pain, et comprendre d'un seul coup ce que voulait dire nourrir un village avant l'ère industrielle. Dans le Var comme partout en Provence, les moulins à vent n'étaient pas des ornements de carte postale — ils étaient des infrastructures vitales, au même titre qu'une route ou un puits.
« Le patrimoine de pays, ce n'est pas ce qu'on conserve sous verre. C'est ce qu'on peut encore faire tourner. »
Pendant ce temps, l'association l'Escandihado animera la soirée avec de la musique et des danses traditionnelles. L'Escandihado — dont le nom évoque en occitan la chandelle, la lumière qu'on fait passer de main en main — est l'une de ces formations qui maintiennent vivants les répertoires de la région, farandoles et chants du terroir compris. Leur présence ici n'est pas folklorique au sens décoratif du terme : c'est une continuité.
Grimaud, un village qui sait d'où il vient
Grimaud mérite qu'on s'y attarde. Classé parmi les villages médiévaux les mieux préservés du Var, il surplombe le golfe de Saint-Tropez avec une discrétion que sa voisine plus célèbre n'a plus depuis longtemps. Les ruelles en calades, les arches de pierre, les vestiges du château des Grimaldi — tout cela forme un ensemble cohérent, habité, qui n'a pas été reconstitué pour les touristes mais entretenu par ses résidents. Le moulin Saint-Roch s'inscrit dans cette même logique : c'est un élément du paysage local que la commune a choisi de ne pas laisser mourir.
Le Service Culture et Patrimoine de Grimaud assurera des visites guidées du moulin tout au long de l'événement. C'est l'occasion d'en apprendre davantage sur le fonctionnement technique de ces édifices — meules, trémies, mécanismes d'orientation des ailes face au mistral — et sur leur place dans l'économie rurale provençale. Le mistral, justement : cette force qui peut sembler hostile quand on arrive de la côte, mais qui était ici une ressource, une énergie domestiquée avec intelligence.
Ce soir du 27 juin, le moulin Saint-Roch ne sera pas un monument à contempler de l'extérieur. Il sera en vie — avec ses visiteurs, ses démonstrations, sa musique et l'odeur du pain qui sort du four. C'est une invitation simple, sans prétention, à passer une soirée dans un endroit qui existe vraiment, porté par des gens qui y tiennent vraiment. Pour qui connaît la Côte d'Azur sous son seul visage estival et brillant, c'est peut-être le meilleur détour de la saison.
