Il y a des matins sur l'île de Porquerolles où l'on ne sait plus très bien si l'on regarde un tableau ou si l'on marche dedans. La lumière tombe à plat sur le vignoble, les pins parasols découpent le ciel avec une précision presque arrogante, et quelque chose — une sculpture, un buisson taillé, une ombre portée — vous arrête net sur le chemin. C'est dans cet entre-deux, entre nature et intention artistique, que la Villa Carmignac a choisi d'inscrire son rapport au monde.
Les 6 et 7 juin 2026, à partir de midi, la Fondation Carmignac propose une visite guidée de ses jardins dans le cadre des «Rendez-vous aux Jardins», manifestation nationale qui, chaque année en juin, invite le public à redécouvrir les jardins remarquables de France. La session est limitée à 25 personnes, au tarif de 23 €. Ce cadre intime n'est pas un détail : il dit quelque chose de l'esprit du lieu, qui n'a jamais cherché à se donner en spectacle.
Deux voix pour un même territoire
Ce qui rend cette déambulation particulière, c'est sa double conduite. Un médiateur culturel et un jardinier de la Villa marchent ensemble avec le groupe — deux regards, deux langages, une seule géographie. L'un parle des œuvres permanentes qui habitent les jardins, l'autre connaît chaque plante par son nom, son origine, ses caprices saisonniers. Entre eux, le visiteur n'est ni dans un musée ni dans une pépinière : il est dans quelque chose de plus rare, un espace où la botanique et l'art contemporain se lisent l'un par l'autre.
«Des sculptures, parfois imposantes, ont été créées pour le site et mises en scène avec la nature.»
Le paysagiste Louis Benech, à qui l'on doit l'aménagement de ces jardins, a travaillé avec une idée directrice claire : ne pas effacer ce qui était là. Conserver l'identité du lieu, préserver la biodiversité locale. Le résultat est un jardin qui ne ressemble à aucun autre sur la Côte, précisément parce qu'il ne cherche pas à en imposer. Sur la butte exotique, des végétaux venus de toutes les zones à climat méditerranéen du monde côtoient les eucalyptus et les mimosas introduits jadis par les colons botanistes. Plus bas, la prairie nord, bordée de cannes de Provence, jouxte un potager et un verger qui rappellent que Porquerolles a longtemps vécu de ce que la terre donnait. Au sud, le maquis de cistes s'étend jusqu'à la lisière forestière, ponctué de ces sérapias fragiles et endémiques qui fleurissent comme par miracle entre les pierres.
Ce que l'on vient chercher ici
Porquerolles appartient au parc national de Port-Cros — l'une des aires marines protégées les plus importantes de Méditerranée. Venir sur l'île, c'est déjà accepter un certain ralentissement. Pas de voitures, des chemins de terre, une lumière qui change toutes les heures. La Villa Carmignac s'inscrit dans cet environnement non pas comme une anomalie culturelle, mais comme une évidence : l'art contemporain y trouve un écrin qui le force à composer avec quelque chose de plus grand que lui.
La visite guidée du 6 ou 7 juin est une occasion de traverser cet espace avec des gens qui le connaissent de l'intérieur. Non pas pour tout expliquer — les meilleures visites ne font jamais cela — mais pour ouvrir des portes que l'on n'aurait pas trouvées seul. Pourquoi cette sculpture est-elle posée là, à cet angle précis, face à la mer ? Quelle plante a demandé des années d'adaptation avant d'accepter ce sol calcaire ? Ces questions, le duo médiateur-jardinier sait les poser autant que les répondre.
Les places sont au nombre de vingt-cinq. C'est peu, et c'est voulu. Porquerolles n'est pas une île qui supporte la foule — elle le dit clairement à ceux qui savent l'écouter. Réserver tôt, arriver en ferry depuis Hyères, prendre le temps : c'est déjà entrer dans le rythme de ce que la Villa propose. Le reste se passe dans le jardin, entre deux noms de plantes et une œuvre qui vous regarde depuis les herbes.

