Il y a des adresses que l'on garde pour soi, comme un secret bien gardé entre initiés. Le chemin des Villas, à Costebelle, est de celles-là — une route qui descend doucement vers la mer, bordée de pins parasols et de propriétés discrètes, loin de l'agitation du front de mer hyérois. Au numéro 129, la Villa Frouin s'ouvre sur un jardin où le temps semble s'étirer autrement qu'ailleurs. C'est dans ce cadre que, les 26, 27 et 28 juin 2026, se tiendra la deuxième édition du Festival de la Céramique de la Villa Frouin — entrée libre, pour tous.
L'an dernier, près de 950 visiteurs avaient franchi les grilles. Un chiffre qui dit quelque chose de l'appétit du public varois pour ce type de rendez-vous : ni foire commerciale, ni vernissage mondain, mais quelque chose d'intermédiaire et de plus rare — une conversation entre les mains qui créent et les yeux qui regardent.
Dix univers, un seul jardin
Cette édition réunit dix céramistes contemporains, présents en personne tout au long du festival. Sous l'œil attentif de Nadège et d'Étienne Frouin, les espaces intérieurs et le jardin de la villa deviennent le territoire de dix écritures singulières. La porcelaine inspirée du monde marin côtoie des sculptures habitées ; les recherches plastiques les plus audacieuses dialoguent avec des pièces du quotidien réinventées. Chaque artiste apporte une sensibilité propre, et l'ensemble forme une cartographie de la céramique contemporaine française — diverse, vivante, loin de tout académisme figé.
La céramique entretient avec le Var une relation ancienne. La terre argileuse de la région, les influences méditerranéennes, la lumière particulière qui tombe ici différemment qu'ailleurs — tout cela nourrit depuis longtemps les ateliers locaux. Mais ce festival ne se contente pas de célébrer un artisanat régional : il pose la céramique là où elle mérite d'être, c'est-à-dire du côté de l'art contemporain, avec tout ce que cela implique de questionnement sur la matière, la forme et le geste.
«Les artistes sont présents, disponibles, prêts à partager leurs gestes, leurs inspirations et les secrets de leur pratique.»
Ce que l'on vient chercher ici
Le visiteur circule librement — c'est là l'une des forces du lieu. Pas de sens de visite imposé, pas de cartels intimidants. On déambule dans le jardin, on entre dans les salons, on s'arrête devant une pièce qui résiste à l'explication. Et surtout, on parle. Aux artistes, directement. Ce rapport de proximité entre le créateur et celui qui regarde est devenu rare dans les circuits artistiques classiques ; ici, il est au cœur du projet.
La scénographie a été pensée pour respecter le caractère de la villa sans l'écraser sous une mise en scène trop appuyée. Le lieu reste le lieu — élégant, habité, avec cette chaleur particulière des maisons qui ont été vraiment vécues. Les œuvres s'y installent comme des invités de passage, chacune trouvant sa place sans forcer.
Pour ceux qui souhaitent repartir avec quelque chose dans les mains — une pièce unique, choisie après échange avec son auteur —, le festival offre cette possibilité. Ce n'est pas un marché de potiers au sens traditionnel du terme, mais la frontière entre contempler et acquérir reste, ici, volontairement poreuse.
Hyères en juin, c'est déjà une lumière à part entière : longue, dorée en fin de journée, qui fait ressortir les textures et les matières comme peu d'éclairages artificiels sauraient le faire. Traverser le jardin de la Villa Frouin dans cette lumière-là, en présence d'œuvres en terre et en porcelaine, c'est une expérience sensorielle qui n'a pas besoin d'autre justification. Le Var a ses grandes manifestations culturelles, ses festivals connus bien au-delà des frontières régionales — mais c'est souvent dans ces rendez-vous à taille humaine, nichés dans des lieux privés ouverts pour l'occasion, que quelque chose d'essentiel se passe. La Villa Frouin, pour la deuxième fois, en est la preuve.
