Il y a des après-midis de juin où Nice cesse d'être une carte postale pour devenir quelque chose de plus intime. Le soleil tombe en biais sur les pelouses du parc, l'air sent la résine et la terre chaude, et l'on comprend pourquoi François Coty avait choisi cet endroit, avenue de Fabron, pour y bâtir sa résidence. Aujourd'hui, le Château Sainte-Hélène abrite le Musée International d'Art Naïf Anatole Jakovsky — institution discrète, presque secrète, que les Niçois eux-mêmes redécouvrent à chaque visite comme s'ils y entraient pour la première fois.
C'est dans ce cadre, le samedi 6 juin à 14h, que l'Association des Amis du musée propose une visite guidée singulière : une mise en scène conçue pour faire dialoguer Séraphine de Senlis, figure tutélaire de la peinture naïve française, avec Amélie Chassary, artiste contemporaine dont la pratique tourne elle aussi autour du motif floral. La visite guidée — organisée avec la participation de la 46 St Paul Gallery — conduira les visiteurs à travers le jardin du musée et devant certaines œuvres qui mettent la nature au centre.
Séraphine, la visionnaire des champs
Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis, reste l'une des figures les plus troublantes de l'art du XXe siècle. Femme de ménage, mystique, autodidacte absolue, elle peint des arbres de vie, des bouquets hallucinés, des compositions qui semblent pousser de l'intérieur plutôt que d'être construites. L'art naïf — terme commode et un peu réducteur — désigne précisément cette peinture spontanée, qui privilégie la vision intérieure du peintre sur les conventions académiques. Le musée Jakovsky en conserve quelques-unes des expressions les plus fortes, dans des collections qui vont du Douanier Rousseau à Grandma Moses, enrichies d'un dépôt du Centre Pompidou.
Le choix de la mettre en résonance avec Amélie Chassary n'est pas un geste arbitraire. Il pose une question qui mérite qu'on s'y arrête : que reste-t-il, dans la peinture contemporaine, de cet élan direct, presque organique, vers la nature ? Et que se passe-t-il quand deux regards sur la fleur — séparés par un siècle, par des contextes radicalement différents — se retrouvent dans le même espace ?
« Qualifié de naïf car spontané, individuel, privilegiant la vision intérieure du peintre, cet art invite chaque visiteur à un voyage imaginaire. » — Musée Jakovsky
Un jardin comme troisième protagoniste
La visite ne se limitera pas aux salles. Le jardin du château — planté d'essences rares, héritage de l'époque Coty — fait partie intégrante du parcours proposé ce samedi. C'est une décision judicieuse : sortir les œuvres de leur contexte muséal habituel, les confronter au vivant, à la lumière changeante d'un début d'après-midi niçois. La nature cesse d'être un sujet de peinture pour devenir un interlocuteur à part entière.
Pour le visiteur, la journée se dessine ainsi :
- Rendez-vous au 23 avenue de Fabron à 14h précises
- Parcours guidé dans le jardin et dans les collections, centré sur les œuvres représentant la nature
- Mise en dialogue entre Séraphine de Senlis et Amélie Chassary, avec la participation de la 46 St Paul Gallery
Le musée Jakovsky est l'une de ces adresses que l'on recommande à voix basse, entre gens qui savent. Inauguré en 1982 grâce à la donation d'Anatole et Renée Jakovsky, il rassemble un panorama de la peinture naïve du XVIIIe siècle à nos jours qui n'a pas d'équivalent dans le monde. Ce n'est pas un musée qui cherche à impressionner — c'est un musée qui cherche à toucher. Et le programme du 6 juin, dans sa sobriété même, est fidèle à cet esprit : pas de spectacle, pas de bruit, juste deux artistes, un jardin, et le temps de regarder vraiment.

