RIVIERA · Menton

Concert

La bataille des voix sous les étoiles de Menton

Le Festival de Musique de Menton fête ses 77 ans avec un duel baroque au sommet.

Menton5 août4 min
© Peter Alfred Hess / flickr

Pourquoi y aller

  • Duel vocal baroque au cœur du vieux Menton
  • Parvis historique classé, sous le ciel d'été
  • Ensemble I Gemelli, référence du baroque actuel

Il y a des soirs où Menton cesse d'être une ville pour devenir un décor. Quand la lumière du couchant glisse sur les façades ocre et safran du vieux quartier, quand l'air sent encore la chaleur des pierres et le sel de la Méditerranée toute proche, la Piazza San Michele prend une gravité douce, presque irréelle. C'est ici, sur cette place que les Mentonnais traversent chaque jour sans toujours la regarder, que la musique s'installe chaque été depuis 1949 pour rappeler à quiconque l'oubliait que la beauté peut surgir sans prévenir.

Le 77ème Festival de Musique de Menton ouvre l'une de ses soirées le 5 août 2026 avec un programme intitulé La Grande Battle — et le mot n'est pas choisi au hasard. Sur le parvis de la Basilique Saint-Michel, l'Ensemble I Gemelli va croiser le fer, ou plutôt les voix : d'un côté le ténor Emiliano González Toro, de l'autre le contre-ténor Maximiliano Danta. Entre eux, Mathilde Étienne, maîtresse de cérémonie, arbitre et complice tout à la fois. La direction artistique est assurée conjointement par González Toro et Étienne.

Un parvis comme nulle part ailleurs

La Basilique Saint-Michel Archange n'est pas une salle de concert. C'est précisément ce qui fait l'âme de ce festival. Construite aux XVIIe et XVIIIe siècles dans un baroque généreux, typique de la frontière entre Ligurie et Provence, elle domine la vieille ville de Menton avec une autorité tranquille. Son parvis dallé de galets en trompe-l'œil — les armoiries de la famille Grimaldi dessinées à même le sol — devient chaque été une scène à ciel ouvert où les gradins s'installent face à la façade illuminée. Acoustiquement, le lieu est capricieux : la nuit porte les sons différemment selon le vent, et cette imprévisibilité légère fait partie du pacte que le spectateur noue avec la soirée.

C'est William Glock, alors directeur de la BBC, qui fonda ce festival en 1949 avec la conviction qu'un tel cadre méritait la meilleure musique du monde. Depuis, les plus grands noms du répertoire classique et baroque ont chanté ou joué ici, sous les mêmes étoiles, devant la même façade jaune et rose. Soixante-dix-sept éditions plus tard, le festival n'a rien perdu de son exigence.

Deux voix, un seul ring

L'Ensemble I Gemelli est l'une des formations baroques les plus actives de la scène française actuelle. Son nom — «les jumeaux» en italien — dit quelque chose de sa philosophie : un dialogue constant, une écoute mutuelle, une façon de faire résonner les voix et les instruments comme s'ils partageaient le même souffle. Emiliano González Toro, ténor uruguayo-suisse formé aux sources mêmes du répertoire baroque, est aussi l'un des pédagogues et directeurs artistiques les plus respectés de sa génération. Maximiliano Danta, contre-ténor, apporte cette couleur de voix haute que le XVIIe siècle affectionnait et que le public contemporain redécouvre avec un appétit croissant.

«La Grande Battle» — le titre évoque les battaglie instrumentales et vocales chères au baroque italien, ces joutes musicales où les styles, les registres et les affects s'affrontent avec une virtuosité souriante.

Mathilde Étienne, maîtresse de cérémonie, n'est pas là pour introduire poliment les morceaux. Dans ce type de programme, ce rôle est celui d'une dramaturge en temps réel : elle oriente, relance, tisse le fil narratif entre les pièces, transforme le concert en quelque chose qui ressemble davantage à un spectacle vivant qu'à une succession de numéros. C'est cette dimension théâtrale qui donne à La Grande Battle sa singularité dans la programmation du festival.

Pour le spectateur qui arrive sur la place Saint-Michel en ce début août, l'expérience se construit bien avant que la musique commence. On monte les ruelles pavées du vieux Menton, on passe devant les étals de cédrats confits et les portes entrebâillées des maisons, on trouve sa place sur les gradins pendant que le ciel vire au bleu profond derrière les campaniles. La façade de la basilique s'allume doucement. Quelque part dans les coulisses improvisées, les musiciens accordent, les voix se chauffent. Et puis le silence s'installe — ce silence particulier des soirées d'été en bord de mer, jamais tout à fait complet, traversé par le murmure lointain de la Méditerranée.

Menton a toujours su accueillir ce qui vient d'ailleurs — les hivernants anglais du XIXe siècle, les artistes attirés par la lumière, les jardiniers fous de plantes exotiques qui ont fait de la ville un conservatoire botanique à ciel ouvert. Le festival de musique est l'héritier de cette tradition d'hospitalité cultivée. Le 5 août 2026, il suffit de monter jusqu'à la place de l'Église pour en être.

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