Il y a des adresses où l'on pousse une porte et où l'air change de nature. Pas métaphoriquement — physiquement. Boulevard Fragonard, dans la vieille ville de Grasse, l'Usine Historique de la parfumerie du même nom accueille les visiteurs dans ce que l'on pourrait appeler une atmosphère construite : jasmin, rose centifolia, lavande, résines anciennes mêlées à la pierre et au bois d'une bâtisse dont les murs ont absorbé deux siècles de création olfactive. C'est là, les 5, 6 et 7 juin 2026, que Fragonard ouvre ses portes pour trois journées de visites guidées.
Grasse n'est pas simplement une ville qui fabrique du parfum. Elle est, depuis le XVIIe siècle au moins, le centre nerveux de l'industrie parfumée mondiale. Les collines environnantes ont longtemps fourni les matières premières les plus convoitées par les grandes maisons parisiennes : la rose de mai, cultivée à quelques kilomètres, reste l'une des fleurs les plus précieuses du marché. C'est dans ce terreau-là que l'Usine Historique Fragonard a pris racine, fondée en 1782, bien avant que la ville ne soit inscrite au patrimoine immatériel de l'Unesco pour son savoir-faire en matière de parfumerie — une reconnaissance obtenue en 2018 et qui ne surprend personne ici.
Une maison, un nom, une histoire
Le nom de Fragonard n'a pas toujours désigné cette parfumerie. C'est en 1926 que l'usine adopte le nom du peintre grassois Jean-Honoré Fragonard, né en 1732 à quelques centaines de mètres de là. Un hommage à l'enfant du pays, dont les toiles légères et sensuelles — conservées notamment au musée éponyme de Grasse — résonnent curieusement bien avec l'idée même du parfum : quelque chose d'éphémère, de précieux, d'attaché à un instant. Depuis, la maison a traversé le siècle en gardant une ligne de conduite rare dans le secteur : la fabrication artisanale, dans ce même bâtiment, selon des procédés que la visite guidée permet de suivre pas à pas.
« Venez parcourir en notre compagnie le laboratoire du parfumeur et son orgue, le distilloir, l'atelier de macération et de filtrage, ainsi que les salles d'enfleurage, les ateliers de conditionnement et notre savonnerie. » — Parfumerie Fragonard
Ce que l'on vient voir — et sentir
La visite guidée proposée ces trois jours constitue un parcours complet à travers les différentes étapes de la création et de la fabrication. On commence par le laboratoire du parfumeur, avec son orgue — cette architecture de tiroirs et de flacons qui ressemble à un instrument de musique autant qu'à un outil de travail. Puis viennent le distilloir, les ateliers de macération et de filtrage, les salles d'enfleurage — une technique ancienne qui consiste à extraire les arômes des fleurs les plus fragiles par contact avec des corps gras — et enfin les ateliers de conditionnement et la savonnerie.
Chaque espace raconte une étape, un geste, un savoir transmis. La visite se clôt sur le musée privé de la maison, qui retrace trois mille ans d'histoire du parfum à travers des collections d'objets, de flacons et de documents. C'est une façon de replacer Grasse dans une lignée très longue, qui remonte bien avant les premiers alambics provençaux, jusqu'aux parfums rituels de l'Antiquité.
Pour qui vient de la Côte d'Azur — de Cannes à vingt minutes, de Nice à quarante — cette excursion dans l'arrière-pays grassois offre quelque chose que le littoral ne donne pas : une verticalité, une profondeur. La vieille ville de Grasse, avec ses ruelles en escalier, ses marchés et ses façades ocre, mérite à elle seule le détour. L'usine Fragonard, au cœur de ce tissu urbain ancien, s'y inscrit sans effort, comme si elle avait toujours été là — ce qui, à peu de choses près, est exactement le cas.
Les 5, 6 et 7 juin, les conditions d'accès et les horaires précis sont à vérifier directement auprès de la parfumerie, dont l'adresse est au 20 boulevard Fragonard, 06130 Grasse. Une matinée suffit pour la visite ; une journée entière, si l'on prend le temps de flâner dans la ville, ne sera pas de trop.

