RIVIERA · Menton

Concert

Kantorow à Menton : le piano comme dernier mot

Pour clore sa 77e édition, le Festival de Menton confie la basilique Saint-Michel à Alexandre Kantorow.

Menton7 août4 min
© Peter Alfred Hess / flickr

Pourquoi y aller

  • Concert de clôture d'un festival septuagénaire
  • Beethoven op. 111 — la dernière sonate, en final
  • Basilique Saint-Michel, place de l'église sous les étoiles

Il y a des soirs où Menton retient son souffle. La vieille ville s'est vidée de ses touristes, les terrasses du bord de mer s'assoupissent, et sur la place de l'église — cette scène à ciel ouvert que les Mentonnais connaissent depuis l'enfance — les chaises s'alignent face à la façade baroque de la basilique Saint-Michel comme si la ville elle-même se préparait à écouter. C'est dans ce cadre, l'un des plus beaux d'Europe pour un concert en plein air, qu'Alexandre Kantorow donnera le récital de clôture de la 77e édition du Festival de Musique de Menton, le 7 août 2026.

Le festival existe depuis 1950. Trois quarts de siècle de musique classique sous les étoiles de la Riviera, avec pour décor permanent les façades ocre et rose de la vieille ville et la mer qui scintille en contrebas. Au fil des décennies, les plus grands noms du piano, du violon, de la direction d'orchestre ont foulé cette place. Confier le concert de clôture à un musicien, c'est lui remettre les clés de la soirée — et de la mémoire collective de l'été.

Un programme qui ne cherche pas à plaire, mais à dire quelque chose

Kantorow a construit un programme d'une cohérence saisissante. Il ouvre avec la transcription que Liszt fit de la cantate de Bach Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen (S.180) — une pièce qui porte déjà dans son titre toute une cartographie intérieure : pleurer, se lamenter, s'inquiéter, trembler. Liszt ne simplifie pas Bach, il le transfigure, en tire une méditation pour piano seul d'une densité presque orchestrale. C'est un début qui annonce la couleur : ce récital ne sera pas léger.

Vient ensuite la Sonate en fa mineur op. 5 de Nikolaï Medtner, compositeur russe trop souvent relégué aux marges du répertoire. Medtner est un monde en soi — romantique tardif, contrapuntiste exigeant, héritier de Schumann et de Brahms sans jamais leur ressembler tout à fait. Que Kantorow choisisse cette œuvre pour Menton dit quelque chose de son rapport au public : il ne flatte pas, il propose.

«Le Prélude op. 45 de Chopin est l'une des pièces les plus étranges du répertoire romantique — ni introduction à autre chose, ni morceau de salon. Juste une suspension.»

Puis Chopin, avec le Prélude op. 45 — pièce isolée, hors des 24 préludes du recueil célèbre, souvent jouée en bis mais rarement mise en lumière pour elle-même. Et enfin, pour conclure le récital et la 77e édition du festival : la Sonate n°32 en do mineur op. 111 de Beethoven. La dernière sonate pour piano qu'il ait écrite. Deux mouvements seulement, comme si Beethoven avait décidé que le troisième était superflu. Le premier, tempétueux, presque violent ; le second, une Arietta qui se déploie en variations vers quelque chose qui ressemble à une paix gagnée de haute lutte. Difficile d'imaginer meilleure façon de fermer un festival.

Alexandre Kantorow, ou l'intelligence tranquille

Né en 1997, Alexandre Kantorow est le premier pianiste français à remporter le Premier Prix et le Grand Prix du Concours Tchaïkovski de Moscou, en 2019. Depuis, sa carrière s'est construite avec une cohérence rare : des enregistrements salués par la critique internationale, des choix de répertoire qui évitent les sentiers battus, une présence scénique qui n'a rien de démonstratif. Ce qui frappe chez lui, c'est précisément l'absence d'effets inutiles — le son est là, la pensée est là, et c'est suffisant.

La basilique Saint-Michel, avec son acoustique particulière et sa façade qui fait office de mur de scène naturel, offre à ce type de jeu un écrin idéal. La place de l'église, en été, mêle les parfums du jasmin et de la mer. On s'installe sur ces chaises en sachant qu'on est dehors, que le ciel est présent, que l'air circule — et pourtant la musique tient, portée par la pierre et par le silence collectif de quelques centaines de personnes qui ont choisi d'être là.

Le 7 août, quand les dernières notes de l'op. 111 se dissoudront dans la nuit mentonnaise, la 77e édition du festival sera officiellement close. Il restera ce moment suspendu, propre aux grandes soirées de musique : quelques secondes avant les applaudissements, où personne n'ose bouger.

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