Il y a des expositions qui se visitent, et d'autres que l'on traverse. Celle qu'accueille La Malmaison à partir du 17 juillet 2026 appartient clairement à la seconde catégorie. Sur le boulevard de la Croisette — là où les vitrines se font miroirs et les terrasses se confondent avec le ciel — le Centre d'art contemporain installe les peintures d'Hervé Di Rosa dans ce bâtiment Belle Époque qui a toujours su tenir tête au spectacle environnant.
Cannes en été, c'est une ville qui sait recevoir. Après les festivals, après les tapis rouges, après le bruit, elle garde pour juillet quelque chose de plus intime : une lumière qui ne pardonne rien, une mer qui impose son rythme, et une Croisette où les passants ralentissent sans trop savoir pourquoi. C'est dans ce contexte que l'œuvre de Di Rosa prend tout son sens — ou plutôt, tout son contresens joyeux.
Un artiste qui a fait du monde entier son atelier
Hervé Di Rosa est l'un des fondateurs de la Figuration Libre, ce mouvement né au début des années 1980 qui a choisi la couleur, la bande dessinée, la culture populaire contre l'austérité conceptuelle qui dominait alors les galeries parisiennes. Mais là où d'autres sont restés dans leur case, Di Rosa a pris ses pinceaux et est parti — au Mexique, en Afrique de l'Ouest, en Asie, en Europe centrale — pour travailler avec des artisans locaux, intégrer leurs techniques, laisser chaque territoire transformer sa main. Le résultat, c'est une œuvre protéiforme qui refuse de se laisser résumer.
«Un univers coloré, libre et joyeusement subversif» — c'est ainsi que l'exposition se présente elle-même, et il serait difficile de trouver trois adjectifs plus justes.
L'exposition Mirages du monde rassemble peintures, sculptures, dessins, céramiques et tapisseries. Autant de disciplines, autant de façons d'entrer dans cet imaginaire où les figures hybrides côtoient les références à la culture de masse, où le sérieux de l'art et la légèreté du jeu ne s'excluent jamais. La céramique et la tapisserie, notamment, rappellent que Di Rosa ne s'est jamais contenté de peindre : il cherche la matière, le geste du potier, le savoir-faire du tisserand, pour y glisser sa propre mythologie.
La Malmaison, un écrin qui a ses propres histoires
Le lieu mérite qu'on s'y attarde. La Malmaison — cette villa du XIXe siècle reconvertie en espace d'exposition au cœur même de la Croisette — a accueilli au fil des décennies des expositions de Picasso, Léger, Cocteau. Le bâtiment garde quelque chose de cette mémoire : des salles à taille humaine, une lumière filtrée, une architecture qui dialogue avec l'œuvre sans chercher à l'écraser. Pour une peinture aussi dense que celle de Di Rosa, cet espace offre exactement ce dont elle a besoin — de la proximité, pas de la distance muséale.
Venir ici en juillet, c'est aussi accepter de mélanger les plaisirs. On sort de l'exposition, on retrouve la mer à deux pas, les terrasses du bord de mer, la rumeur douce d'une ville qui a décidé de prendre l'été au sérieux. L'art et la vie cannoise ne font pas semblant de se distinguer — ils coexistent, parfois se contredisent, souvent se complètent.
Pour ceux qui connaissent Di Rosa de loin, Mirages du monde est une occasion rare de mesurer l'étendue d'un travail qui dépasse largement la peinture de chevalet. Pour ceux qui le découvrent, préparez-vous à ne pas repartir les mains vides — au sens propre comme au sens figuré : ses images ont cette qualité rare de continuer à travailler longtemps après qu'on les a quittées. La Croisette vous attendra dehors, fidèle à elle-même. L'œuvre de Di Rosa, elle, vous aura peut-être légèrement décalé.
