Il y a des lieux qui n'ont pas besoin de se présenter. La rue des Templiers, à Grimaud, en fait partie. On la remonte depuis la place du village, entre les pierres grises et le soleil de septembre qui commence à peser moins lourd, et l'on arrive devant la Maison des Arcades sans tout à fait savoir si l'on entre dans un bâtiment ou dans une autre époque. Cette ancienne maison de maître du XVe siècle — l'une des plus belles demeures du village médiéval — a ce don rare : elle absorbe le présent sans jamais le trahir.
C'est dans ce cadre que Sunny Sandhu expose ses œuvres du 18 au 20 septembre 2026, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. L'entrée est libre.
Un artiste entre deux mondes
Sunny Sandhu n'est pas un nom que l'on oublie facilement — ni l'homme, ni l'œuvre. Originaire du Pendjab, il se fait appeler Bhoomitra, ce qui signifie «Ami de la Terre» en sanskrit. Musicien, musicothérapeute et galeriste, il s'est installé à Saint-Paul-de-Vence, où il enseigne la musicothérapie et défend avec constance l'art tribal Gond — une tradition visuelle des peuples autochtones du centre de l'Inde, fondée sur des motifs organiques, des lignes qui respirent, une cosmologie où chaque forme vivante est reliée à une autre.
Ses propres créations prolongent cette vision : œuvres visuelles et sonores inspirées de la nature et de ses forces vitales. Il a reçu le Beyond Music Award pour sa pièce Si Ghan, reconnaissance internationale d'un travail qui déborde les catégories habituelles — ni peinture pure, ni performance stricto sensu, mais quelque chose qui tient des deux, et qui demande qu'on lui accorde du temps.
«Bhoomitra» — «Ami de la Terre» : un nom de scène qui est aussi un programme.
Ce que l'on vient chercher rue des Templiers
Grimaud, village perché du Var, a l'habitude des visiteurs qui lèvent les yeux vers les ruines du château des Grimaldi ou longent les ruelles en cherchant l'ombre. Mais le patrimoine du village ne se résume pas à ses pierres médiévales. Depuis plusieurs années, la Maison des Arcades accueille des expositions qui font dialoguer le lieu avec des artistes contemporains — un dialogue qui, ici, prend une résonance particulière.
L'art Gond que présente Sandhu est issu d'une tradition orale et visuelle transmise de génération en génération dans les forêts du Madhya Pradesh et du Chhattisgarh. Ses motifs — animaux, arbres, divinités — sont tracés avec une précision presque hypnotique, chaque surface remplie jusqu'au dernier millimètre d'un fourmillement de lignes et de points. Le voir exposé dans une demeure du XVe siècle varois crée un de ces courts-circuits culturels que seul le patrimoine vivant sait produire.
Pendant trois jours, la visite est libre et gratuite. Pas de réservation, pas de circuit imposé — on entre, on regarde, on prend le temps qu'on veut. C'est aussi cela, la promesse des Journées du patrimoine : rendre accessibles des espaces et des œuvres qui méritent mieux qu'un coup d'œil pressé.
Septembre, à Grimaud, a cette lumière oblique et dorée qui change tout. Les touristes d'août sont repartis, les terrasses retrouvent leur rythme, et le village redevient lui-même. C'est peut-être le meilleur moment pour pousser la porte d'une maison de cinq siècles et se laisser surprendre par un artiste venu du Pendjab parler, à sa façon, de la Terre.

