Il y a des après-midis où La Malmaison semble retenir son souffle. La lumière de juin filtre par les fenêtres donnant sur la Croisette, les palmiers bougent à peine, et la mer — juste là, derrière le boulevard — tient compagnie sans s'imposer. C'est dans ce cadre suspendu, entre élégance balnéaire et concentration muséale, que l'exposition Jam Session de Carole Benzaken a trouvé sa maison naturelle. Le vendredi 19 juin 2026 à 17h, le centre d'art contemporain propose une visite thématique d'une heure qui traverse ces salles autrement — par le son autant que par le regard.
L'idée est simple, mais elle demande du culot : guider le visiteur à travers les œuvres de Benzaken en convoquant les fantômes des jazz clubs de Los Angeles. Charlie Parker, Dave Brubeck, Charlie Haden — ces noms résonnent dans les salles comme des contrepoints à la peinture. La visite ne se contente pas de décrire ce que l'on voit ; elle propose une lecture sonore et culturelle de l'œuvre, un angle qui change tout à la manière dont on s'arrête devant une toile.
Une peintre dans les clubs de L.A.
Carole Benzaken n'est pas une artiste que l'on range facilement dans une case. Connue pour ses grandes surfaces chromatiques et sa façon de faire vibrer la couleur comme une fréquence, elle a ici choisi le jazz comme territoire d'exploration — non pas comme illustration, mais comme méthode. Les clubs de Los Angeles des années cinquante et soixante, avec leur lumière tamisée, leurs corps en mouvement, leur improvisation permanente, ont nourri une œuvre visuelle qui emprunte au jazz sa logique : la répétition qui dévie, la structure qui se laisse déborder.
«De Charlie Parker à Dave Brubeck en passant par Charlie Haden, les visiteurs découvrent les œuvres de l'artiste sous un angle sonore et culturel inédit.»
Pour qui connaît un peu la scène jazz de la côte Ouest américaine — ce cool jazz né en réaction à la fièvre bebop de New York, plus aéré, plus mélancolique — l'exposition prend une résonance particulière. Benzaken semble avoir capté quelque chose de cet espace entre les notes, cette respiration propre au jazz californien, et l'avoir traduit en matière picturale.
Ce que l'on vit pendant cette heure
La visite dure une heure et se paie sur place, à l'accueil du centre. Le tarif de la visite thématique est de 2 €, auxquels s'ajoute le billet d'entrée à l'exposition :
- Plein tarif : 6,50 €
- Tarif réduit : 2,50 € — pour les 18-25 ans, les groupes de dix adultes ou plus, et les détenteurs du Cannes Pass Culture
- Gratuité : pour les moins de 18 ans, les étudiants, les demandeurs d'emploi, les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur, les centres de loisirs, les porteurs de la carte ICOM et les enseignants accompagnant leur classe
Le premier dimanche de chaque mois, de novembre à mars, l'entrée est également gratuite pour tous.
La Malmaison occupe depuis longtemps une place à part dans le paysage culturel cannois. Installée dans l'ancienne salle de bal de l'Hôtel Carlton — ou du moins dans ce qui en garde l'empreinte architecturale — elle a su, au fil des décennies, conjuguer la légèreté du lieu avec des expositions d'une réelle exigence. Proposer une visite guidée thématique un vendredi en fin d'après-midi, c'est aussi une façon de dire que l'art contemporain n'est pas réservé aux matinées studieuses : il peut très bien s'inviter entre la plage et le dîner.
Cette heure passée en musique dans les salles de Benzaken ressemble à ce que le jazz a toujours su faire : prendre un cadre connu, le déplier autrement, et laisser l'auditeur — ici, le visiteur — trouver son propre chemin dans l'improvisation. Le boulevard de la Croisette attendra bien une heure de plus.
