Il y a des soirs où la place Masséna cesse d'être un décor pour devenir un personnage. Les fontaines s'éteignent dans la chaleur du couchant, les statues d'Adamo et Ève regardent la foule s'installer, et l'air sent le jasmin mêlé à l'ozone des projecteurs qui chauffent. C'est dans cet espace suspendu entre la vieille ville et le bord de mer que le Nice Jazz Festival a pris l'habitude de placer ses paris les plus audacieux — ceux qui font grincer quelques dents et revenir tout le monde.
Noga Erez est exactement le genre de pari que le festival aime prendre. Le 24 juillet 2026, la musicienne et productrice israélienne monte sur la Scène Masséna avec un bagage qui ne ressemble à aucun autre dans la programmation : une façon de faire de la musique qui ignore les frontières entre l'électronique, le hip-hop, le rock et la pop, et qui traite la production sonore comme une langue à part entière, au même titre que la voix ou la mélodie.
Une artiste qui ne choisit pas son camp
Il faut comprendre ce que signifie «fusionner les genres» quand c'est Noga Erez qui le fait. Ce n'est pas l'exercice de style d'une artiste qui picore dans les références pour se rendre intéressante. C'est une démarche construite, où chaque couche sonore est pensée et produite par elle-même — ce détail a son importance. Être à la fois l'interprète et l'architecte du son, c'est une posture qui reste rare, et qui donne à ses concerts une cohérence que beaucoup de spectacles live peinent à atteindre. Ce que vous entendrez ce soir-là, c'est exactement ce qu'elle a voulu que vous entendiez.
Le Nice Jazz Festival a cette intelligence de ne pas se laisser enfermer dans son propre nom. Depuis ses origines dans les années 1970, il a accueilli des artistes qui n'avaient de jazz que l'esprit — cette liberté d'improviser, de transgresser, de surprendre. La place Masséna, au cœur géométrique de la ville dessinée par Charles Garnier, est devenue au fil des éditions le lieu où cette liberté s'exprime le plus frontalement. La scène y est grande, la foule y est mélangée, et l'acoustique de la place ouverte laisse la musique s'échapper vers les ruelles du Vieux-Nice comme une invitation.
«Bousculer les codes» — la formule est galvaudée, mais elle prend un sens précis quand on parle d'une artiste qui produit elle-même chaque fréquence de ses morceaux.
Ce que prépare la nuit du 24 juillet
Le concert est prévu le vendredi 24 juillet 2026, sur la Scène Masséna, place Masséna, en plein centre de Nice. Pour les détails pratiques — billetterie, horaires, conditions d'accès — le site officiel du festival, nicejazzfest.fr, est la seule source à consulter, les informations tarifaires n'ayant pas encore été communiquées à l'heure où ces lignes sont écrites.
Ce qu'on peut dire, en revanche, c'est ce que la place Masséna fait à un concert de cette nature. L'espace est à la fois intime et monumental — les façades ocre et les arcades créent une forme de théâtre naturel, tandis que le ciel de juillet à Nice, souvent d'un bleu cobalt jusqu'à vingt-deux heures passées, transforme les premières notes en quelque chose qui n'appartient qu'à cet endroit. Venir tôt pour choisir sa place, apporter de quoi s'asseoir si le format le permet, prévoir la douceur de la nuit niçoise — voilà les seuls conseils qui vaillent.
Il reste quelque chose de particulier à voir une artiste de cette trempe dans un cadre aussi chargé d'histoire musicale. Nice a entendu Miles Davis, Ella Fitzgerald, et des dizaines de noms qui ont redéfini ce que la musique pouvait être. Noga Erez s'inscrit dans cette lignée non pas par filiation stylistique, mais par cette même obstination à ne ressembler à personne. C'est peut-être ça, au fond, le seul vrai critère du festival — et la meilleure raison de se trouver place Masséna le 24 juillet au soir.
