Il y a quelque chose d'un peu paradoxal à parler de la vitalité de la peinture dans un lieu qui fut autrefois une villa de villégiature Belle Époque. La Malmaison, posée au numéro 47 du boulevard de la Croisette comme une parenthèse élégante entre deux hôtels, a traversé les modes sans jamais se laisser dicter sa conduite. Aujourd'hui centre d'art contemporain rattaché au Pôle culturel de Cannes, elle accueille ce que la ville a de plus sérieux à offrir en matière d'art vivant — loin des strass du Festival, loin des yachts amarrés au Vieux-Port. C'est dans cet espace que, le jeudi 18 juin 2026 à 18h, se tiendra une conférence intitulée «Vitalité de la peinture contemporaine».
Une heure, l'entrée libre, et une intervenante dont le parcours mérite qu'on s'y arrête : Isabelle de Maison Rouge est professeure d'histoire de l'art à la New York University in France, critique d'art et rédactrice en chef du e-magazine Art &. Elle intervient régulièrement sur cette thématique — ce n'est donc pas une conférence de circonstance, mais une réflexion construite, affinée au fil des années et des expositions. La soirée s'inscrit dans le cadre de l'exposition Carole Benzaken — Jam Session, actuellement présentée à La Malmaison.
Ce que la peinture doit encore prouver
La question de la «mort de la peinture» revient dans les milieux de l'art contemporain avec une régularité presque comique — et chaque fois, la peinture répond par une œuvre, une exposition, un mouvement qui déjoue le pronostic. Depuis les années 1980, la discipline a traversé des crises de légitimité, des retours en grâce spectaculaires, des querelles théoriques et des révisions critiques. Aujourd'hui, dans un contexte saturé d'images numériques et d'installations immersives, la question n'est plus de savoir si la peinture survit, mais comment elle se réinvente — et pourquoi elle continue d'attirer des artistes qui auraient pu choisir d'autres médiums.
C'est précisément ce terrain que la conférence d'Isabelle de Maison Rouge entend explorer. Son positionnement à l'intersection de la critique, de l'enseignement universitaire et du journalisme culturel lui permet d'aborder ce sujet sans la prudence académique ni l'enthousiasme commercial qui guettent les deux extrêmes du discours sur l'art.
«Elle intervient régulièrement sur cette thématique qui fait écho aux expositions du Pôle d'art contemporain de Cannes.»
Carole Benzaken en toile de fond
La conférence ne se tient pas dans le vide. Elle dialogue avec Jam Session, l'exposition de Carole Benzaken visible en ce moment même à La Malmaison. Benzaken est une peintre française dont le travail — traversé par la musique, la vitesse, les flux d'images — représente précisément ce que l'on pourrait appeler une peinture qui ne doute pas d'elle-même. Ses toiles grandes échelles, ses superpositions de motifs, ses références à la culture populaire en font une figure emblématique d'une certaine peinture contemporaine française qui assume pleinement sa modernité. Venir à la conférence après avoir traversé les salles de l'exposition, ou l'inverse, c'est construire un dialogue entre la pratique et la pensée — entre ce que l'on voit et ce que l'on comprend.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore La Malmaison, l'adresse suffit à donner le ton : 47 boulevard de la Croisette. On ne s'attendrait pas, en longeant ce front de mer mondialement connu pour ses paillettes, à trouver un lieu de cette sobriété intellectuelle. C'est pourtant là que Cannes range ses convictions artistiques les plus durables.
La soirée est gratuite et ouverte à tous — ce qui, dans le paysage culturel cannois, n'est pas anodin. Une heure de conférence sur la Croisette, sans billet, sans liste, sans dress code implicite : c'est une invitation à prendre la peinture au sérieux, par une soirée de juin où la lumière du soir sur la mer donne à tout — même aux idées — une certaine qualité particulière.
