Il y a des soirées où l'on sent que quelque chose commence. Pas encore le grand soir, pas encore les lumières braquées sur les solistes internationaux — mais ce moment suspendu, presque secret, où une ville reprend son souffle avant d'entrer en scène. À Menton, ce moment a un nom : le Before. Et cette année, il prend la forme d'un concert choral qui réunit, sur l'Esplanade Francis Palmero, des voix que l'on n'entend pas souvent dans les programmes officiels.
Le 21 juin 2026, alors que la France entière célèbre la Fête de la Musique, Menton ouvre la 77e édition de son Festival de Musique par ce rendez-vous singulier : Sing'in, dirigé par Paul Smith. Sur l'esplanade qui longe la Méditerranée, les chorales des collèges de Maurois, de Vento, de la Villa Blanche et de Saint-Joseph montent sur scène aux côtés des lycéens de Paul Valéry, de Saint-Joseph et des élèves du Conservatoire de Menton. Ce ne sont pas des figurants — ce sont les protagonistes du soir.
Quand la ville chante à voix haute
Menton a toujours eu ce rapport particulier à la musique comme rite collectif. Son festival, fondé il y a près de huit décennies, est l'un des plus anciens de la région — et l'un des rares à avoir su conserver, malgré les décennies, ce lien organique entre la ville et ses habitants. Le parvis de la basilique Saint-Michel, cadre habituel des grandes nuits de juillet, est connu dans toute l'Europe. Mais c'est peut-être ici, sur cette esplanade ouverte sur la baie, que le festival révèle ce qu'il est vraiment : une affaire de communauté avant d'être une affaire de prestige.
« Les festivals qui durent sont ceux qui savent d'où ils viennent. »
Ce soir-là, Paul Smith prend la direction de l'ensemble. Autour de lui, Daniela Mars assure la flûte et le chant, Faya Braz apporte le beatbox — cette percussion vocale qui transforme une bouche en instrument à part entière — et les voix d'Eliette Prévot et Lydia Wonham complètent le tableau. L'association de ces disciplines — chant classique, flûte, beatbox — dit quelque chose d'important sur l'intention du concert : ne pas séparer les genres, ne pas hiérarchiser les formes, laisser les jeunes chanteurs exister dans un espace musical qui leur ressemble.
Ce que l'on entend quand on écoute vraiment
Il faut imaginer l'Esplanade Francis Palmero un soir de juin. L'air est encore chaud, la lumière décline sur les façades pastel de la vieille ville, la mer est là — toujours là, à Menton, présente dans chaque perspective. Les voix des collégiens et des lycéens montent dans ce décor avec une précision que l'on n'attendait peut-être pas, et c'est précisément là que réside l'intérêt de la soirée : l'inattendu.
Le beatbox de Faya Braz tranche avec la douceur ambiante. Ce n'est pas une concession au contemporain — c'est un choix dramaturgique. Placer cette technique au cœur d'un concert choral, c'est rappeler que la voix humaine n'a pas fini de surprendre, qu'elle n'a pas besoin d'instrument pour créer de la profondeur. Les jeunes chanteurs qui partagent la scène avec ces artistes le comprennent peut-être mieux que quiconque : ils apprennent, ce soir-là, que la musique est un langage vivant.
L'entrée n'est pas mentionnée dans le programme officiel — il convient de vérifier les conditions directement auprès du festival sur son site. Ce qui est certain, c'est que la soirée est ouverte, qu'elle se tient en plein air, et qu'elle précède l'ouverture officielle du festival. C'est un before dans tous les sens du terme : avant la saison, avant les grandes formations, avant que Menton ne devienne, pour quelques semaines, l'une des capitales musicales de la Côte d'Azur.
On reviendra sur l'esplanade plus tard dans l'été, peut-être, pour d'autres concerts. Mais cette première soirée du 21 juin garde quelque chose que les autres n'auront pas : l'innocence du commencement, et des voix qui chantent parce qu'elles ont quelque chose à dire.
