Il y a quelque chose d'un peu vertigineux à parler de cinéma dans la plaine de Sophia Antipolis. Pas de salle obscure ici, pas de velours rouge ni d'odeur de pop-corn — mais des bureaux vitrés, des startups, des câbles et des serveurs. Et pourtant, c'est peut-être exactement là que se joue l'avenir du septième art. Le Pôle Alpha, rue Pierre Laffitte à Biot, accueille le mardi 1er septembre, de 18h à 20h, la onzième édition des IAFTERWORK, ces soirées de réflexion organisées par la Maison de l'IA autour des usages concrets de l'intelligence artificielle. Ce soir-là, le sujet est le cinéma.
Le thème — IA & cinéma : nouvelles vagues de création — n'est pas anodin. Le titre lui-même cligne de l'œil vers un moment fondateur du cinéma français, cette Nouvelle Vague qui, dans les années 1960, avait rompu avec les conventions du studio pour filmer le réel autrement. Aujourd'hui, une autre rupture est en cours, moins romantique peut-être, mais tout aussi radicale : des scénarios assistés par des modèles de langage, des effets spéciaux générés en quelques secondes, des séquences vidéo produites à partir d'une simple description textuelle. Les outils existent, ils sont accessibles, et ils posent des questions que ni les réalisateurs ni les scénaristes ni les juristes ne savent encore tout à fait comment trancher.
Une soirée entre démonstration et débat
La formule de ces IAFTERWORK est rodée depuis dix éditions : ce n'est pas une conférence frontale, c'est un échange interactif. Au programme de cette onzième soirée : des analyses sur l'état des lieux de l'IA dans la création audiovisuelle, des extraits de films, des démonstrations en direct des outils qui permettent aujourd'hui de générer images et séquences, et une discussion ouverte sur ce que tout cela change — pour les métiers, pour l'esthétique, pour l'éthique.
« Ces technologies redessinent le paysage du cinéma, entre nouvelles opportunités créatives, défis éthiques et évolution des métiers de l'image. »
Ce dernier mot — éthique — revient souvent dès qu'on parle d'IA et de création. Qui est l'auteur d'une image générée par un algorithme entraîné sur des millions d'œuvres humaines ? Que devient le chef opérateur quand un modèle peut simuler l'éclairage d'une scène en quelques clics ? Ce sont des questions que l'industrie hollywoodienne a déjà commencé à affronter, parfois violemment — les grèves de la Writers Guild of America en 2023 en ont été l'illustration la plus visible. En Europe, et particulièrement en France, où la politique culturelle a toujours accordé une place particulière à la protection de la création, ces enjeux résonnent différemment, avec une acuité propre.
Biot, avant Saint-Paul de Vence
Ce qui donne à cette soirée une résonance particulière, c'est son calendrier. Elle est organisée en amont du Cinema & Moving Image Summit de Saint-Paul de Vence — ce village perché des Alpes-Maritimes qui, depuis Chagall et Prévert, entretient un lien intime avec les arts visuels. L'IAFTERWORK du 1er septembre fonctionne ainsi comme une mise en condition, un espace de réflexion préparatoire pour ceux qui s'apprêtent à rejoindre ce sommet dédié à l'image en mouvement. Mais il est ouvert à tous, pas seulement aux professionnels du secteur.
Sophia Antipolis, dont Biot constitue l'une des communes fondatrices, a été pensée dans les années 1970 comme une utopie technologique méditerranéenne — une Silicon Valley à l'européenne, entre pinèdes et mimosas. Cinquante ans plus tard, la technopole abrite effectivement des milliers de chercheurs et d'ingénieurs, et des structures comme la Maison de l'IA y ont naturellement trouvé leur place. Ces IAFTERWORK sont l'un des formats par lesquels cette communauté sort de ses laboratoires pour parler au reste du monde — ou du moins, à ceux qui acceptent de venir jusqu'à Biot un mardi soir en septembre.
L'entrée est gratuite, sur inscription. C'est une soirée de deux heures, dense et pratique, qui s'adresse aussi bien aux curieux qu'aux professionnels de l'image, aux étudiants en cinéma qu'aux développeurs qui ne savent pas encore très bien ce que leurs outils vont changer dans la salle obscure. La Côte d'Azur a toujours été un territoire de rencontres entre art et technique — de la Villa Arson à Nice aux studios de la Victorine, de Cannes à Antibes. Ce soir du 1er septembre, c'est à Biot que cette conversation continue.
