Il y a des soirs où Menton retrouve quelque chose de son âme profonde — cette façon qu'a la ville de tenir ensemble l'Italie et la Provence, le citrus et la pierre, le jardin et la mer. Le samedi 12 septembre 2026, l'une de ces soirées se jouera à l'écart des terrasses de café et des façades pastel, dans un hectare de cultures en terrasses que Sophie, hôte et complice de la compagnie trivii, ouvrira à un public limité à partir de 19h30.
Le lieu n'est pas une salle, ni un festival. C'est une exploitation agricole de montagne, arboricole, aménagée en gradins naturels par des artistes. Des oliviers peut-être, des agrumes certainement — on est à Menton, capitale du citron, où les vergers en restanques descendent encore vers la mer comme ils le faisaient au temps des moines. C'est dans ce cadre que la compagnie trivii présentera Sappho de Mytilène, mis en scène par Margherita Marincola.
Une poétesse de l'Antiquité, deux voix du présent
Sappho. Le nom suffit à convoquer des siècles de fascination et de silences. Poétesse de l'île de Lesbos, active aux alentours du VIIe siècle avant notre ère, elle est l'une des rares voix féminines de l'Antiquité grecque dont il nous reste des fragments — des bribes de vers sur le désir, la beauté, la séparation. Platon l'appelait «la dixième Muse». Ses poèmes ont traversé deux millénaires sous forme de ruines lumineuses, et continuent d'inspirer le théâtre, la danse, la littérature contemporaine.
C'est Laure Sauret et Rolly Godjo qui porteront ce texte sur scène, dans une mise en scène signée Margherita Marincola. Trois noms, une création — et le cadre arboricole pensé par des artistes comme quatrième présence, ni décor ni accessoire, mais partenaire à part entière du spectacle.
«Sophie vous ouvre les portes de son chez-elle» — cette phrase du descriptif dit tout de l'esprit de la soirée : ni institution, ni festival, mais une invitation personnelle.
Ce que l'on vit, concrètement
La soirée commence à 19h30. La billetterie est assurée exclusivement par la plateforme Hormur — les réservations effectuées ailleurs ne sont pas valables. À partir de 15 €, les places sont en nombre limité, et c'est à la réservation que l'on reçoit l'adresse précise du lieu.
Ce système n'est pas anodin. Il protège l'espace privé, maintient l'échelle humaine de la rencontre, et garantit que chaque spectateur présent a fait le choix délibéré d'être là. Pas de passants, pas de foule — un public qui a cherché, réservé, et qui arrive avec l'intention d'écouter.
Pour les habitués de la région, c'est aussi une façon de découvrir Menton autrement. La ville est souvent vue depuis le bord de mer, depuis ses marchés ou ses jardins célèbres — le jardin Serre de la Madone, les Colombières, le jardin botanique du Val Rahmeh. Mais il existe une autre Menton, celle des hauteurs et des restanques, des chemins qui montent vers Gorbio ou Sainte-Agnès, des exploitations qui résistent à l'urbanisation. C'est là que trivii installe son théâtre.
Le mois de septembre lui convient parfaitement. L'été s'allège, la lumière change de qualité — plus dorée, moins verticale — et les soirées deviennent ce qu'elles n'ont pas été en juillet : douces sans être molles, propices à la concentration et à l'écoute. C'est l'heure où le théâtre de plein air cesse d'être un pari sur la météo pour devenir une évidence.
Une soirée comme celle-là ne se résume pas à un spectacle. Elle tient ensemble une hôte qui prête son lieu, une compagnie qui choisit de sortir des salles, une poétesse morte depuis vingt-sept siècles et deux interprètes vivants qui lui redonnent voix entre les arbres. À Menton, un soir de septembre, sous un ciel qui sera sans doute encore chaud, cela mérite le détour — et la réservation, avant que les places ne s'épuisent.
