Il y a quelque chose d'un peu paradoxal dans l'idée de consacrer un festival entier à des films qui, par définition, ne durent pas. Quelques minutes, une idée, une image forte — et puis c'est fini. Sauf que non. Ceux qui ont déjà vu un bon court métrage savent que certaines de ces œuvres vous accompagnent des années, logées quelque part entre la mémoire et l'intuition. C'est précisément ce pari que relève chaque année «Un Festival C'est Trop Court !» à Nice.
Un rendez-vous européen pour la jeune création
À partir du 2 octobre 2026, Nice devient le temps du festival une ville à l'écoute des voix nouvelles du cinéma européen. L'événement — dont le nom lui-même est une petite provocation affectueuse — est entièrement dédié à la jeune création cinématographique. Pas les grands noms, pas les sorties en salle déjà balisées par les attachés de presse : ici, on s'intéresse à ce qui émerge, à ce qui cherche encore sa forme, à ce qui ose.
Les projections et rencontres se tiennent dans plusieurs lieux à Nice, avec une adresse de référence au 10 rue Penchienatti, dans le 06000. Cette dispersion dans la ville n'est pas un hasard : elle dit quelque chose de la philosophie du festival, qui préfère tisser des liens avec les quartiers plutôt que de se replier derrière les murs d'un palais des congrès.
«Un Festival C'Est Trop Court !» — le titre est une déclaration : le court métrage mérite qu'on s'y attarde.
Nice et le cinéma, une histoire ancienne
On oublie parfois que la Côte d'Azur est l'une des terres fondatrices du cinéma européen. Nice elle-même a accueilli des studios dès les premières décennies du XXe siècle — la lumière méditerranéenne, cette qualité particulière de la lumière niçoise qui tombe différemment selon l'heure et la saison, attirait les opérateurs de prises de vues bien avant qu'Hollywood n'existe. Aujourd'hui encore, la ville entretient ce rapport sensible à l'image, entre ses festivals, ses salles d'art et essai et une population qui considère le cinéma comme une affaire sérieuse.
Dans ce contexte, un festival consacré au court métrage trouve une résonance particulière. Le format court a toujours été un laboratoire : c'est là que les cinéastes expérimentent, prennent des risques, trouvent leur voix avant — parfois — de passer au long. Des noms aujourd'hui reconnus internationalement ont commencé exactement ainsi, avec une bobine de quelques minutes et une idée qui ne tenait pas encore en deux heures.
Ce que l'on vient chercher ici
Pour le festivalier, «Un Festival C'Est Trop Court !» offre quelque chose d'assez rare dans le paysage cinématographique de la région : la possibilité d'un rapport direct avec les œuvres et leurs auteurs. Le court métrage favorise naturellement ce type de rencontre — les équipes sont petites, les réalisateurs présents, les discussions après projection souvent franches et sans protocole.
La programmation, portée par une vocation européenne, permet aussi de mesurer ce que le cinéma du continent a de vivant et de divers. Une fiction polonaise, un documentaire espagnol, une animation française — en quelques jours, on traverse des géographies mentales que le long métrage, avec ses contraintes commerciales, n'ose pas toujours.
Pour les informations pratiques et la programmation complète au fur et à mesure qu'elle se précisera, le site officiel du festival est à consulter : nicefilmfestival.com.
Octobre à Nice a cette qualité particulière : la lumière a changé, les touristes d'été sont partis, la ville retrouve son rythme propre. C'est le bon moment pour s'asseoir dans une salle, laisser les lumières s'éteindre, et voir ce que la jeune Europe a à dire — en quelques minutes, parfois, il se dit l'essentiel.
