Il y a des matins à Cannes qui n'appartiennent pas au Festival, ni aux yachts amarrés au Vieux-Port. Des matins de samedi où la ville respire autrement — plus lentement, plus à elle-même. On imaginait volontiers l'un de ces matins-là, le 12 septembre 2026, à la Médiathèque Noailles : une salle baignée de lumière douce, une platine posée sur une table, et la crépitation familière d'une aiguille qui cherche son sillon. C'est précisément ce rendez-vous que le Café Vinyles promettait. Il n'aura pas lieu.
L'événement prévu ce samedi matin est annulé. La séance — gratuite, sur réservation, d'une durée de deux heures à partir de dix heures — ne se tiendra pas avenue Jean de Noailles. On le note ici sans détour, parce que l'honnêteté envers le lecteur vaut mieux que l'enthousiasme d'une page qui n'a pas été mise à jour.
Ce qu'était le Café Vinyles
Le principe du Café Vinyles était d'une simplicité désarmante, et c'est sans doute ce qui en faisait le charme. La Médiathèque Noailles ouvre sa discothèque — ses 33 et 45 tours, ses CD — et chacun peut apporter sa propre collection. Pas de conférencier, pas de programmation imposée : juste des gens autour d'un son commun, deux heures durant, un samedi matin. Le format dit beaucoup sur ce que peut être une médiathèque quand elle cesse d'être un lieu de silence obligatoire pour devenir un lieu de partage sonore.
La Médiathèque Noailles est l'une des institutions culturelles centrales de Cannes. Installée dans un bâtiment du centre-ville, elle porte le nom de l'avenue qui longe depuis longtemps la vie quotidienne de la cité — bien loin des strasses du Palais des Festivals. C'est ce Cannes-là, celui des habitants, qui nous intéresse ici.
« Chacun peut également faire découvrir sa propre collection. » — description officielle du Café Vinyles, Médiathèque Noailles
Le vinyle, toujours vivant
Il faut dire un mot du médium lui-même, parce qu'il le mérite. Le disque vinyle a traversé plusieurs annonces de sa mort sans jamais tout à fait y consentir. Depuis le milieu des années 2010, les ventes repartent chaque année à la hausse en France comme dans le reste de l'Europe — phénomène documenté, réel, parfois surprenant dans son ampleur. Ce n'est pas de la nostalgie pure : c'est aussi une façon de tenir quelque chose entre ses mains, de choisir une face, d'accepter l'ordre d'une écoute. Le vinyle impose une attention que le streaming ne demande plus.
Des rendez-vous comme le Café Vinyles s'inscrivent dans ce mouvement discret mais tenace : ramener l'écoute musicale dans l'espace public, en faire un acte collectif et non solitaire, redonner à la discothèque d'une médiathèque sa raison d'être profonde. L'idée que n'importe qui puisse arriver avec ses propres disques et les faire tourner pour les autres — sans hiérarchie, sans programmateur, sans billetterie — a quelque chose d'assez beau dans son principe.
Alors pourquoi écrire sur un événement annulé ? Parce que l'annulation elle-même mérite d'être signalée clairement, et parce que ce type de rendez-vous — gratuit, participatif, ancré dans une institution publique — mérite qu'on en garde la trace. La Médiathèque Noailles organise régulièrement des séances de ce genre ; il y a toutes les raisons de penser que le Café Vinyles reviendra sous une autre date. Pour ceux qui souhaitent suivre l'agenda de la médiathèque, le site de la Ville de Cannes centralise les informations à jour.
En attendant, le samedi 12 septembre 2026 restera libre. La platine, elle, ne demande qu'à tourner.
