Il y a quelque chose d'inattendu à pousser la porte de La Malmaison un jeudi après-midi de septembre. Dehors, la Croisette commence à retrouver son souffle après l'été — les parasols se font plus rares, la lumière s'allonge sur la baie de Cannes avec cette douceur particulière des fins de saison. Et dedans, sur les murs de ce bâtiment Belle Époque qui fut jadis une annexe du Grand Hôtel, les personnages d'Hervé Di Rosa vous regardent avec leurs grands yeux ronds, leurs couleurs criardes et leur façon bien à eux de raconter le monde.
Le jeudi 24 septembre 2026 à 16h30, le Centre d'art contemporain La Malmaison propose une visite guidée d'une heure autour de l'œuvre de ce peintre montpelliérain, figure tutélaire de la figuration libre. La visite s'inscrit dans le cadre de l'exposition «Mirages du monde, les peintures d'Hervé Di Rosa», présentée au 47 boulevard de la Croisette du 17 juillet au 8 novembre 2026.
Un peintre qui n'a jamais choisi entre la rue et le musée
Hervé Di Rosa appartient à cette génération qui, au début des années 1980, a décidé que la hiérarchie entre art savant et culture populaire ne les concernait pas. Avec Robert Combas, François Boisrond et quelques autres, il forge à Montpellier puis à Paris ce mouvement qu'on appellera la figuration libre — une peinture nerveuse, narrative, nourrie de bandes dessinées américaines, de graffitis, de jouets en plastique et d'imageries de foire. Ce n'est pas de la naïveté : c'est un choix esthétique radical, celui de prendre au sérieux ce que la culture officielle regardait de haut.
Ce qui distingue Di Rosa dans ce paysage, c'est l'ampleur de ses voyages et la façon dont ils ont transformé sa pratique. Du Mexique au Sénégal, de la Chine à Haïti, il ne s'est pas contenté d'observer — il a travaillé sur place, avec des artisans locaux, adoptant leurs techniques, leurs matériaux, leurs formes. Sa peinture est devenue un carnet de route plastique, un objet hybride qui porte les traces de chaque escale.
«L'univers de Di Rosa puise dans les comics et explore toutes les techniques picturales au fil de ses aventures à travers le monde.» — présentation de l'exposition
Ce que l'on voit, ce que l'on comprend
Une visite guidée dans une exposition de figuration libre, c'est d'abord l'occasion de décoder ce qui, au premier regard, pourrait sembler évident. Les œuvres de Di Rosa sont immédiatement lisibles — personnages reconnaissables, couleurs franches, narration visible — mais elles recèlent une géographie intérieure que le regard non averti traverse sans s'y arrêter. Le guide permet de ralentir : de comprendre pourquoi telle toile a été peinte avec telle technique apprise à tel endroit du monde, de voir comment un même personnage — l'alter ego de l'artiste, ce petit bonhomme qui traverse toute l'œuvre — se transforme selon les latitudes.
L'exposition «Mirages du monde» s'étend sur plusieurs mois, ce qui est rare pour La Malmaison et témoigne de l'ambition du projet. La salle elle-même mérite attention : construite en 1894, avec ses grandes baies vitrées qui donnent sur la Méditerranée, elle offre à la peinture de Di Rosa un écrin lumineux et légèrement anachronique, ce mélange de Belle Époque et de pop culture qui finit par sembler parfaitement logique.
Les tarifs sont accessibles : 8,50 € en plein tarif, 5,50 € pour les 18-25 ans, les détenteurs du Cannes Pass Culture et les adhérents Cannes Seniors Le Club, et seulement 2 € pour les moins de 18 ans, les étudiants, les demandeurs d'emploi et les porteurs de la carte handicap (accompagnateur inclus). De quoi envisager la visite en famille ou entre amis, sans que le prix ne devienne un sujet de conversation.
Septembre à Cannes a cet avantage discret : la ville redevient elle-même. Les terrasses respirent, les habitants reprennent leurs habitudes, et un musée sur la Croisette n'est plus une parenthèse dans la journée mais sa destination naturelle. Venir voir Di Rosa un jeudi à 16h30, c'est une façon simple et précise de finir l'été — non pas en cherchant quelque chose d'extraordinaire, mais en laissant une œuvre singulière vous raconter, pendant une heure, comment le monde peut tenir dans une peinture.
